Politique fédérale : La part du Nord

24 octobre 2013
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La ministre Leona Aglukkaq. (Archives)

La ministre Leona Aglukkaq. (Archives)

Ressources, environnement et Forces armées

Le moins qu’on puisse dire, c’est que le discours du Trône, prononcé le 16 octobre par le gouverneur général David Johnston, provoque des lectures différentes, selon qu’on se trouve en face du gouvernement ou de l’opposition.
Rappelons ses grandes lignes en ce qui concerne le Nord. Deux axes sont à retenir, extrêmement convergents d’ailleurs, celui des infrastructures pour l’exploitation des ressources naturelles et l’autre du nationalisme canadien. Le gouvernement a annoncé l’achèvement de l’autoroute Dempster entre Inuvik et Tuktoyaktuk, pour établir une connexion entre le transport routier et le port de cette dernière communauté, point d’accès aux ressources de la mer de Beaufort. Un autre port arctique, à Nanisivik (Nunavut), sera bientôt en opération et servira notamment d’escale aux nouveaux navires de patrouilles maritimes du Canada. Enfin, le gouvernement a annoncé que la Station de recherche canadienne en Extrême Arctique (SRCEA) ouvrirait en 2017, à temps pour le 150e anniversaire de la Confédération. Le programme scientifique du SRCEA priorisera quatre domaines : la souveraineté (sic), le développement des ressources, l’environnement et le changement climatique et, enfin, les collectivités « saines et solides ».
La mainmise sur les ressources en pétrole et en minerai du Nord dépend évidemment de la légitimité des revendications territoriales du Canada, sinon de son pouvoir à les accaparer. Dans cette perspective, le Parti conservateur frappe très fort. « Les Forces armées canadiennes sont de nouveau les meilleures au monde », lit-on dans le discours du Trône. Et ses auteurs rappellent la récente ouverture du centre d’entraînement des Forces armées à Resolute Bay et l’accroissement du nombre de Rangers canadiens dans le Nord. On annonce également la poursuite, avec une équipe de partenaires élargie, des recherches pour retrouver les vestiges de l’expédition Franklin, qui prend figure de moment clé de l’histoire nationale et de tragédie cautionnant nos revendications des ressources maritimes.
Les Premières Nations semblent occuper un second rang. Rien de tangible n’est annoncé les concernant. Le Gouverneur mentionne toutefois que le gouvernement continuera à travailler avec les Autochtones pour leur procurer une meilleure éducation et une meilleure qualité de vie.

Réactions du NPD
Le député néo-démocrate de Western Arctic, Dennis Bevington, a déclaré de but en blanc qu’il n’y avait rien d’intéressant dans le discours du Trône. Il se serait attendu à bien davantage, d’autant plus que le gouvernement conservateur avant prorogé les activités parlementaires d’un mois afin d’élaborer une nouvelle approche.
« Il n’y a pas un seul mot sur le réchauffement climatique dans le discours du Trône, relève Dennis Bevington. Stephen Harper avait pourtant envoyé une lettre à Barack Obama pour dire qu’il conviendrait avec les États-Unis d’un plan pour faire face au réchauffement. Je trouve ça hypocrite. » Dennis Bevington a en outre ridiculisé le port de Nanisivik, « construit en modèle réduit pour des bateaux qu’on attend encore et dont les seuls plans ont coûté plus cher que la construction d’un tel bateau en Norvège ».
Les autres projets nordiques du gouvernement ne trouvent pas davantage grâce à ses yeux. « La recherche de l’expédition Franklin, dit-il, c’est relativement peu important. Est-ce que les recherches ont été validées par une démarche scientifique? C’est une autre idée rêvée par les conservateurs. Et ils n’ont pas communiqué d’agenda pour la Station de recherche. Il y aura un gros bâtiment, mais à quoi servira-t-il? »
Globalement, selon le député de Western Arctic, le gouvernement a surtout énoncé des projets déjà en place, comme l’autoroute ou la cartographie des planchers océaniques. « Il a très peu prêté attention à tout ce qui fait que c’est difficile d’emmener des gens vivre dans le Nord, conclut-il, les soins des personnes, le coût de la vie, le manque de services, etc. »

Environnement
La ministre de l’Environnement Leona Aglukkaq a défendu le bilan et les perspectives de son gouvernement. Quand on lui a fait remarquer que le discours du Trône parlait davantage d’armées que d’environnement, elle a rétorqué que les gaz à effet de serre avaient diminué de 130 mégatonnes depuis l’élection du Parti conservateur. « Nous avons légiféré sur dans les domaines qui émettent le plus de gaz à effet de serre, a-t-elle rappelé, l’industrie du transport et les centrales thermoélectriques au charbon. Et nous attaquerons bientôt au secteur des gaz et du pétrole. » La ministre a également souligné – mais sans élaborer - que son gouvernement instaurerait bientôt un régime du payeur-pollueur et un système de sécurité de classe mondiale pour éviter les fuites de pétrole provenant de navires-citernes.
Leona Aglukkaq a réfuté la proposition voulant que le Nord ne soit qu’une vache à lait pour Ottawa et que rien ne soit fait pour y améliorer la qualité de vie et y attirer davantage d’habitants. « Nous avons investi dans les Territoires du Nord-Ouest plus qu’aucun autre gouvernement, a-t-elle avancé, en termes de formation, d’infrastructures et de développement des ressources, sans oublier notre support pour le transfert des responsabilités. »
Commentant le patriotisme sous-tendant le discours du Trône, la ministre a affirmé ne pas sentir que les Autochtones étaient relégués au second rang. « En tant qu’Inuit née et élevée dans l’Arctique, je suis fière de mon héritage et fière d’être membre d’un gouvernement qui célèbre l’histoire du Canada, qu’il s’agisse du Sud, de l’Ouest ou du Nord. L’intérêt dans l’histoire du Canada nordique, incluant John Franklin, attire du tourisme et ça bénéficie aux communautés. […]. Nous devrions célébrer toutes les cultures du Canada. »