Trop de Dénés dans les prisons des T.N.-O. : La nation Dénée s’inquiète

18 janvier 2002
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En fait, il n’y a aucune statistique qui indique la proportion des Dénés en centre correctionnel aux Territoires du Nord-Ouest, comparativement aux autres nations autochtones et aux Inuits. « Mais les Dénés ont absolument raison lorsqu’ils parlent de ce phénomène », de faire savoir John Dillon, directeur des services correctionnels aux Territoires du Nord-Ouest.

Les Autochtones et les Inuits présentement incarcérés dans les centres correctionnels des T.N.-O représentent 90 pour cent de l’ensemble de la population carcérale ténoise, affirme M. Dillon. Ce taux comprend les hommes, les femmes et les personnes d’âge mineur.

« Mais il faut faire très attention à ces statistiques, parce que nous avons aussi un programme d’échange de services avec le territoire du Nunavut », précise-t-il.

Au moment d’écrire ces lignes, à la mi-décembre, le nombre de personnes incarcérées aux Territoires du Nord-Ouest était d’environ 200. À ces gens s’ajoutent 600 personnes en période de probation ou purgeant des peines dans leur communauté. Parmi les détenus aux Territoires du Nord-Ouest, on en retrouve 52 qui ont été accusés au niveau fédéral.

Selon les chiffres du gouvernement fédéral, on compte environ une dizaine de prévenus fédéraux à la prison de Yellowknife, tandis que 16 personnes purgent leur peine dans les communautés du Nord et une douzaine dans des communautés du Sud. À ces chiffres, on doit ajouter une quarantaine de personnes provenant du Nord et étant incarcérées dans des prisons du Sud. Encore une fois, ces prisonniers fédéraux, ayant donc commis des offenses graves impliquant la violence, sont en majorité des Autochtones.

« Il s’agit d’une véritable tragédie. Des millions de dollars sont investis dans le système, mais cet argent devrait surtout être injecté au début du processus, pour la prévention, plutôt qu’à la fin, dans les prisons », de faire savoir une représentante du ministère de la Justice du Canada. Cette dernière fait aussi état de plusieurs programmes de réhabilitation adaptés à la réalité autochtone. Par exemple, le Somba Ke Healing Lodge, sur la route de Dettah, offre des services de réhabilitation aux Autochtones et tous les gens qui y travaillent sont aussi Autochtones.

De plus, la situation est loin d’être facile pour certains prisonniers obligés de purger leur sentence loin de leur petite communauté. « Ça dépend toujours de la situation du criminel et de la gravité de son geste. Le fait d’avoir 600 personnes en probation montre bien que nous tentons de garder les gens près de leur communauté », de faire savoir M. Dillon. Ce dernier signale aussi qu’il faut tenir compte des chances du prévenu de commettre à nouveau son crime.

Encore une fois, au chapitre des statistiques sur le taux de récidive, M. Dillon hésite à donner des chiffres. « Il y a 14 juridictions au Canada et chacune a sa propre définition de la récidive. Par exemple, si un prévenu purge une peine pour agression, mais, après sa remise en liberté, se fait arrêter pour entrée par effraction, est-ce une récidive? », de s’interroger le directeur. M. Dillon admet cependant que plusieurs personnes retournent en prison plus d’une fois dans leur vie. « Certains reviendront tous les dix ans, alors que pour d’autres, ce sera plus régulier », dit-il.

On remarque d’ailleurs, depuis quelques années, que les sentences des personnes incarcérées sont plus longues. Tous les intervenants interrogés dans le cadre de ce reportage s’entendent pour dire que cette situation est due aux nouveaux programmes de détention en communauté, adaptés à la situation du Nord. Les gens se retrouvent donc moins en prison pour des crimes mineurs et les Autochtones peuvent profiter de différents programmes de détention dans leur milieu.

Depuis quelques années, le taux de criminalité est en baisse au Canada. Selon les criminologues, la situation économique favorable et le vieillissement de la population peuvent expliquer cette baisse. Cependant, les populations autochtones comptent proportionnellement plus de jeunes que les populations non autochtones. Il peut s’agir, là aussi, d’un facteur expliquant la représentation majoritaire des Dénés en centres correctionnels.

Selon M. Dillon et les représentants du gouvernement fédéral, la consommation d’alcool chez les Autochtones est aussi un facteur pouvant expliquer le taux de criminalité plus élevé chez les Dénés et les autres nations autochtones. « Très peu de criminels ne sont pas des consommateur abusifs », de constater M. Dillon. La situation économique souvent inférieure des communautés autochtones peut aussi expliquer le phénomène.

À l’échelle canadienne, alors que les Autochtones représentent à peine de trois à quatre pour cent de la population, 18 pour cent des détenus proviennent des Premières nations.