Potin, poutine et politique : La mauvaise réputation

19 mai 2011
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 Lundi, Floyd Roland a fait ce que fait un premier ministre avant de se retirer de la vie politique : il s’est pété les bretelles.

Dans un long laïus « de session », il a énuméré chaque semblant de bon coup que le gouvernement qu’il a dirigé durant quatre ans a pu accomplir. Même les calvettes changées, Floyd les a mentionnées. Mis bout à bout, tous ces petits riens donnaient presque l’impression que le passage derrière le gouvernail territorial du capitaine Roland n’avait pas été la succession de naufrages qu’on connaît.

N’ont pas qu’il ait été un si terrible premier ministre – on peut même lui accorder des éloges méritées pour le travail effectué dans le redressement des finances publiques – mais rarement avait-on vu un leader territorial aussi contesté, le chef d’un gouvernement de consensus aussi peu consensuel.

Fronde de l’opposition informelle pour l’évincer dans une affaire de petites culottes, outrage généralisé dans le dossier du pont de Deh Cho, manifs de vieillards contre la réforme des soins de santé complémentaires, menaces d’une « nouvelle crise d’Oka » en lien avec la gestion des troupeaux de caribou, colère des Dénés sur la dévolution, les années Roland passeront à l’histoire comme une période de houle et de grogne.

Flambeur, playboy, le PM en veston de cuir a toujours gardé la tête haute dans cette tourmente. On ne peut toutefois s’empêcher de penser qu’il devait parfois rentrer à la maison le caquet bas maudissant sa mauvaise réputation.

Serait-ce pour casser cette image de mal-aimé qu’il a choisi, en fin de mandat, de signer une entente sur la dévolution identique à celle qu’il avait rejetée trois ans auparavant? Pour laisser un héritage? Pour être celui qui aura réglé l’indénouable micmac de l’autonomie politique territoriale? Là aussi, son empressement, son manque de tact, l’a coulé.

Avant cet énième écueil, sa série de consultations en vue de l’élaboration d’une grande « Vision pour le Nord » visait le même objectif : séduire un public qui a toujours refusé ses avances.

Le fameux Plan Roland est censé avoir été dévoilé jeudi. Ça se produit après l’heure de tombée et je ne l’ai donc pas encore lu. Pas vu, non plus, la réaction du public. Mais je suis prêt à parier sur une chose : ça ne plaira pas.

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Michael Miltenberger s’est beaucoup levé en Chambre ces derniers jours. Le pauvre assume déjà les fonctions pas reposantes de ministre des Finances et ministre de l’Environnement. Voilà qu’il se retrouve bâté des lourds dossiers laissés en plan par la trop ambitieuse Sandy Lee. En plus, le vice-premier ministre a dû remplacer Floyd Roland quand celui-ci était en conférence à Nuuk.

Ça lui fera toujours une bonne pratique. C’est un secret de polichinelle que le député de Thebacha est pressenti comme successeur naturel à Roland.

C’est une constante depuis Jim Antoine de nommer l’ancien vice-premier ministre à la tête du prochain gouvernement territorial. La tradition sera-t-elle maintenue? On sera fixé en octobre.

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On s’émeut ces jours-ci de la mise en état d’arrestation du président du FMI et candidat socialiste pressenti à la présidentielle française, Dominique Strauss-Khan, accusé d’agression sexuelle. Je ne peux m’empêcher de songer que cette grande politique internationale ressemble un peu à la petite nôtre.

Liste des hommes politiques des TNO accusés d’agression sexuelle depuis que je couvre l’actualité nordique : Roger Allen (député d’Inuvik Twin Lake de 1999 à 2004, agression sexuelle, inculpé), Herb Norwegian (grand chef Dehcho de 2003 à 2008, agression sexuelle, a plaidé coupable), Norman Yakeleya (député du Sahtu de 2003 à ce jour, agression sexuelle sur mineur, a été acquitté par manque de preuve), Joe Rabesca (grand chef tlicho de 2009 à 2010, agression sexuelle, a plaidé non coupable, son procès prévu début mai a été reporté).

J’espère que je n’en oublie pas.

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À propos de cette chronique.

Chaque semaine, je compte vous présenter mon analyse de la politique nordique, celle qui se passe dans les enceintes parlementaires, mais aussi celle qui se passe dans la rue, dans le bois.

C’est un peu mon opinion, mais c’est surtout mon point de vue honnête, celui d’une personne un brin cynique qui observe l’arène depuis quelques années et commence à en comprendre les rouages.

Vous aimez? Détestez? Avez envie d’en ajouter? De démentir? Écrivez-moi : batiste.hugin@gmail.com