Éditorial : La loi ne règle pas tout

02 juin 2011
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Après vingt ans, il fallait bien que ça arrive un jour où l’autre.

Un citoyen s’est donc mis en tête de porter devant les tribunaux son mécontentement vis-à-vis de la politique de promotion sociale du gouvernement des Territoires du Nord-Ouest, celle qui détermine que certains sont plus égaux que d’autres quand vient le temps de pourvoir les postes de la fonction publique.

Si ce n’est pas d’hier que cette directive fait rouspéter, c’est bien la première fois qu’on demande à la justice de trancher l’affaire. La Charte des droits et libertés ayant elle-même son lot de provisions dérogatoires visant à permettre ce genre de discrimination positive, on peut s’attendre à un débat serré et il serait imprudent de pronostiquer la victoire d’un camp ou de l’autre.

Mais ce qu’il ne faut pas perdre de vue, ce sont les principes qui ont poussé à créer cet instrument : l’importance d’embaucher local, le désir de bien refléter la composition de la société qu’on dessert et surtout de permettre à des groupes stigmatisés de réussir comme les autres.

Ce sont ces mêmes aspirations qui ont convaincu le gouvernement de Nelson Mandela de voter l’Employment Equity Act, cette loi qui favorise l’embauche des Noirs dans l’Afrique du Sud post-apartheid. C’est le même principe qui gouverne la Loi sur l’équité en matière d’emploi que Stephen Harper veut abolir.

Aux Territoires du Nord-Ouest, où l’on gagne certains des salaires les plus élevés au pays tout en se désolant d’un taux d’itinérance cinq fois supérieur à la moyenne nationale, nous savons que ces principes ont toujours leur place, que l’égalité a parfois besoin d’un coup de pouce.

Mais il faut aussi avoir l’honnêteté de constater que, promotion sociale ou non, la place des Autochtones au gouvernement n’a que peu progressé en vingt ans, et qu’une loi ne peut pas tout régler.