Témoignage d’une survivante : La guérison par les mots

24 février 2011
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Après avoir lu des milliers de livres portant sur la guérison, Alice Blondin Perrin en est venue à sa propre voie : écrire un livre.

Après avoir lu des milliers de livres portant sur la guérison, Alice Blondin Perrin en est venue à sa propre voie : écrire un livre.

  Une ancienne résidente des pensionnats indiens témoigne de son traumatisme, au Collège Aurora, à Fort Smith, Yellowknife et Inuvik.

 

 

Les blessures profondes d’Alice Blondin Perrin, ancienne résidente des pensionnats indiens aux Territoires du Nord-Ouest, ont pris 50 ans à se cicatriser. Envoyée dans les pensionnats indiens dès l’âge de quatre ans, avec tous ses frères et sœurs, elle y a vécu un traumatisme dont elle a grandement souffert jusqu’à tout récemment. La dame a partagé son expérience, durant une présentation, sur le campus Thebacha du Collège Aurora, mardi dernier. 

 

Une bonne vingtaine de personnes se sont présentées au rendez-vous. Le conseiller en soutien psychologique du campus, Grant Paziuk, présent dans la salle, a outillé les participants avant la présentation afin qu’ils puissent gérer leurs émotions au fil de cette dernière. Certaines personnes présentes étaient elles-mêmes d’anciennes résidentes de ces pensionnats, ou encore, leurs parents l’avaient été. 

 

« C’est la première fois que je faisais une présentation [sur mon livre] », laisse-t-elle tomber, en entrevue avecL’Aquilon. « Je me suis sentie vraiment bien », ajoute-t-elle. Mme Blondin Perrin a d’ailleurs ouvert la porte à certains qui ont confié, à leur tour, leur propre expérience. Interrogée sur comment elle s’est sentie face à ces témoignages, elle sourit, paisible : « Ça me fait sentir que mon labeur peut servir à d’autres ».

 

C’est au début de la cinquantaine que l’aînée, maintenant âgée 63 ans, a débuté l’écriture de son témoignage My heart shook like a drum (qui se traduirait par « Mon cœur tremblait comme un tambour »), un livre paru en décembre 2009. Six ans « à pleurer des seaux de larmes », dit-elle, lui ont été nécessaires pour parvenir à terminer ce recueil. Six années qui l’ont finalement soulagée de son fardeau : « Je n’avais jamais su comment l’exprimer ». Elle a raconté durant sa présentation : « J’ai appris trois choses là-bas : ne ressens rien, ne parle pas et ne fais confiance à personne ». Mme Blondin Perrin a relaté ses années de solitude, ponctuées de violence et de mauvais traitements physiques, sexuels et psychologiques, qui ont formé sa jeunesse. Franche et faisant preuve de beaucoup de tact, l’aînée s’est confiée, de sa voix douce et frêle, devant un public respectueux. 

 

Elle écrit actuellement un deuxième ouvrage qui portera sur la signification et les voies de guérison. « Je veux rencontrer des gens qui, comme moi, ont vécu des traumatismes et découvrir comment ils se sont guéris », dit celle qui a lu des milliers de livres sur le sujet avant d’en arriver à sa propre thérapie, de type holistique.  

 

Informer les Canadiens

Si, dans le Nord, l’existence des pensionnats indiens est communément connue, ce n’est pas le cas ailleurs au Canada, partage la dame. « J’ai fouillé dans toutes les archives du Canada. J’ai, avec peine, trouvé quelques renseignements disponibles », rapporte-t-elle. C’est seulement à Edmonton, en Alberta, qu’elle a pu trouver quelques dossiers d’archives. « Je dirais, pour ma part, que la plupart des Canadiens ne comprennent pas de quoi il s’agissait », ajoute M. Paziuk, qui avoue lui-même l’avoir ignoré pendant très longtemps. 

 

« Tous les gens qui ont été traumatisés de la sorte n’oublieront pas ces choses », lance Mme Blondin Perrin, qui se dit reconnaissante des initiatives prises par le gouvernement au cours des dernières années. La mise sur pied de la Commission de vérité et réconciliation du Canada ainsi que les excuses faites par le Premier ministre Stephen Harper sont des pas qui l’ont menée vers la guérison : « Ça a représenté beaucoup pour moi ». Elle se dit toutefois curieuse de voir ce que cela apportera dans le futur, elle lutte d’ailleurs afin que les noms sortant des témoignages soient rendus publics. Pour le moment, tous les noms dans son ouvrage ont dû être modifiés.

 

Pour en savoir plus sur l’ouvrage d’Alice Blondin Perrin, My heart shook like a drum, paru en anglais aux éditions Borealis, visitez le site Web suivant : www.borealispress.com/myheartshooklikeadrum.html.