Plein air : La chasse au bison, une transformation

25 février 2010
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Après avoir effectué une chasse idéale, Martin Deschesnes n’est plus le même homme.

 

Pour certaines cultures, la première fois qu’un homme tue à la chasse représente une étape, une initiation, un passage à l’âge adulte. Pour Martin Deschesnes, l’expérience qu’il a vécue lors de sa première chasse au bison est devenue une source de fierté, un sentiment qu’il dit n’avoir pas l’habitude d’entretenir.

Pour cet enseignant d’éducation physique chargé de développer le programme Dene Kede de l’école Allain St-Cyr, la chasse constituait un bloc abstrait et peu expérimenté du programme ciblant la transmission des valeurs autochtones à ses étudiants. Depuis qu’il a organisé, préparé, traqué, et finalement tiré lors de cette chasse au plus gros mammifère terrestre de l’Amérique du Nord, Martin Deschesnes estime qu’il détient maintenant de meilleures aptitudes pour communiquer des connaissances aux élèves. « Ce n’est pas parce que j’ai tué, que je suis fier, dit-il. C’est plus parce que j’ai réussi à m’entourer d’une équipe compétente, que nous étions bien préparés et que nous savions ce que nous faisions. Personnellement, je suis passé à travers une expérience très difficile à accepter, où je ne maîtrisais pas les connaissances nécessaires à la chasse et où j’étais tout le temps confronté à mon manque total d’expérience », avoue Martin Deschesnes. Selon lui, étant un homme de leadership, habitué à organiser des événements sportifs et à expliquer les habiletés qu’il connaît, ce fut un changement que de suivre, d’écouter et d’apprendre par ces erreurs. « J’avais la chance d’avoir deux amis, Christian Marcoux et Alex Laporte, qui me respectaient et qui m’ont aidé alors que j’étais exposé à mes faiblesses », reconnaît-il.

Martin Deschesnes insiste pour dire qu’il a été chanceux sur toute la ligne. Du moment où il a été tiré au sort pour gagner l’une des 16 étiquettes de chasse délivrées annuellement jusqu’à la dégustation du filet mignon de bison qui indique généralement la qualité du reste de la viande. « Nous n’avons pas été exposés aux températures extrêmes, habituellement enregistrées au mois de février; notre matériel bien entretenu ne nous a pas fait défaut; nous avons identifié un troupeau le premier jour où nous sommes allés en repérage, c’était un vendredi; le lendemain, j’abattais le bison vers 11 h 30 du matin, ce qui nous a laissé toute l’après-midi pour dépecer l’animal dans une zone accessible en motoneige; le dimanche, nous étions rentrés chez nous avec notre viande », énumère-t-il, précisant que ce sont près de 230 kilos de viande qui ont été récoltés sur la carcasse de l’animal.

Étant le détenteur de l’étiquette de chasse, il n’y avait que Martin Deschesnes qui avait le droit de tirer lors de cette expédition de chasse. Cette chasse contrôlée se déroule dans la région de Fort Providence, dans une zone boisée entre la route 3, qui rejoint Yellowknife et le Grand lac des Esclaves. L’équipe de chasseurs est normalement accompagnée d’un guide autochtone qui avise les chasseurs des endroits préférentiels des troupeaux et exprime son avis sur le sexe de l’animal visé. Il faut rappeler qu’il est interdit de tirer sur des bisons femelles, et si le mâle est aisément reconnaissable en été grâce à ses parties génitales, il est très difficile d’en faire autant alors que ce bovidé court ou se repose dans plus d’un mètre de neige. C’est le samedi que les trois francophones ont été accompagnés par un guide, alors que ce sont eux la veille qui ont débusqué un troupeau après une journée de traque. Le jour de chasse, un mâle isolé s’est dirigé en direction des motoneiges alors que les chasseurs marchaient vers le troupeau. Après avoir recoupé la trajectoire du bison, Martin Deschesnes s’est préparé à tirer sur l’animal qui fuyait. Ne pouvant pas lui tirer dans l’arrière-train, c’est le guide qui a donné au chasseur l’occasion de faire feu. Curieux, le mâle s’est retourné lorsque le guide a sifflé. C’est ce qui a donné la chance au tireur d’apercevoir le buste de la bête dans sa lunette de tir. Martin Deschesnes a pris la décision de tirer, a touché la patte et perforé le poumon de sa proie. Une seconde balle s’est logée dans l’épaule du bison, qui a arrêté sa course une centaine de mètres plus loin. Devant l’animal haletant, les chasseurs se sont approchés. Le tireur a achevé d’un coup le bison, en plaçant une balle dans sa nuque. L’animal s’est effondré, Martin Deschesnes s’est relevé tel un autre homme.