Crise financière des organismes francophones : La FCFA veut changer le discours fédéral

04 février 2016
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La FCFA est en période d’évaluation : « On se pose beaucoup de questions sur nos structures, déclare la présidente Sylviane Lanthier, comment être plus en lien avec nos communautés. »(Courtoisie)

La FCFA est en période d’évaluation : « On se pose beaucoup de questions sur nos structures, déclare la présidente Sylviane Lanthier, comment être plus en lien avec nos communautés. »(Courtoisie)

Une alerte rouge sur le financement des organismes en Nouvelle-Écosse a été lancée au début janvier, faisant des échos dans l’Atlantique et à Ottawa. Le milieu associatif se prépare à contester les conditions de stagnation imposées depuis une décennie.
« Le moment est à l’évaluation, souligne la présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada, Sylviane Lanthier. Avec l’élection d’un nouveau gouvernement, on pense que c’est un moment propice pour se remettre à parler du développement de nos communautés. Il y a un espoir que le dialogue soit rétabli pour changer le discours. »
La FCFA a rencontré des députés et demandé de s’assoir avec un nombre de ministres. « Des mauvais plis ont été pris par l’ancienne administration, explique la porte-parole. On ne va pas demander maintenant des tonnes d’argent, mais qu’on donne le ton au niveau du Conseil des ministres » sur la valeur des communautés et des langues officielles.
Il y a beaucoup de sensibilisation à faire, selon la présidente, autant auprès des élus que des fonctionnaires. « Les francophones, on n’est pas juste des consommateurs de services. On veut participer au développement. Les communautés, c’est un écosystème. »
Dans une lettre ouverte au premier ministre Justin Trudeau dans le journal L’Étoile, la directrice générale de la Fédération acadienne de la Nouvelle-Écosse affirme que sa communauté n’a plus les moyens d’avancer. « En situation minoritaire, lorsqu’on n’avance pas, on recule, faute de pouvoir contrer le courant qui nous pousse vers une assimilation, voire une mort certaine. »
Marie-Claude Rioux estime qu’une dizaine d’organismes communautaires sont « en situation de crise extrême et pourraient tomber n’importe quand ».
Ce n’est pas une situation unique, selon Sylviane Lanthier. « C’est une réalité qui existe pas mal partout. Le poids administratif est tellement grand, il y a plein de coûts fixes qui augmentent tout le temps. Des initiatives importantes et des innovations n’ont pas lieu. Il y a l’épuisement des bénévoles et du personnel. Les salaires sont inadéquats et on vit avec. L’élastique est pas mal étiré. »
La réalité varie d’une région à l’autre, explique la présidente. Mais elle frapperait plus durement les organismes de l’Atlantique, en partie à cause de l’historique de leur développement et de leurs relations avec le fédéral.
Selon des données fournies en 2015 par les organismes porte-parole, ceux de l’Atlantique ont reçu la moitié des fonds (3,5 millions) de leurs vis-à-vis des quatre provinces de l’Ouest (7,2 millions). La douzaine d’organismes politiques au pays se partage 16 millions d’aide.
Selon les ententes actuelles, l’appui de Justice Canada et d’Emploi et Développement social aurait reculé, celui de Patrimoine canadien et de Citoyenneté et Immigration serait demeuré stable, tandis que l’aide de Santé Canada a augmenté. Le Consortium national de formation en santé a recueilli la moitié de l’aide fédérale (17,3 sur 35,9 millions) accordée aux 16 principaux organismes nationaux au cours de l’année financière courante.
Avant de proposer de nouvelles stratégies de développement, la FCFA entame avec ses partenaires une évaluation du Plan stratégique communautaire de 10 ans lancé à la fin du Sommet des communautés de 2007. Un Forum des leaders sectoriels avait alors été fondé.
« On a entamé des discussions sur le modèle de financement avec le Forum, précise Sylviane Lanthier. On se pose beaucoup de questions sur nos structures, comment être plus en lien avec nos communautés. Est-ce qu’on met l’argent à la bonne place? Comment on va se positionner maintenant? »
Elle souligne que les francophones de l’Ontario mènent une réflexion sur leurs priorités, tandis que ceux du Manitoba complètent une démarche d’états généraux et que les Acadiens du Nouveau-Brunswick traversent « une crise qui pourrait les emmener à répondre à de grandes questions ».
Le gouvernement libéral a promis un plan amélioré pour remplacer l’actuelle Feuille de route pour les langues officielles 2013-2018, rappelle la présidente. La lettre de mandat de la ministre du Patrimoine, Mélanie Joly, contient cet engagement : « Élaborer un nouveau plan pluriannuel en matière de langues officielles pour favoriser l’épanouissement des communautés francophones et anglophones en situation minoritaire. »