Enseignement de la culture autochtone : L’histoire autochtone revue et corrigée

06 décembre 2002
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Si l’on se fie aux résultats d’un sondage réalisé par la Fondation canadienne des relations raciales (FCRR), les étudiants canadiens ne comprennent pas la réalité des Autochtones d’aujourd’hui.

Selon la Fondation canadienne des relations raciales (FCRR) et la Coalition pour l’avancement des cultures autochtones (CAEA), le contenu des cours d’histoire du système scolaire canadien est erroné et présente des lacunes. Pour le prouver, ils ont recensé 519 étudiants de première année d’université et de collège aux origines multiples. Les résultats sont assez significatifs : 67 % de ces jeunes affirment qu’ils n’ont jamais discuté de questions relatives aux préoccupations actuelles des peuples autochtones durant les cours, tant au primaire qu’au secondaire. Ces chiffres sont répertoriés dans le rapport Mieux connaître les peuples autochtones, publié le18 novembre dernier.

Le revers de la médaille, c’est le taux de décrochage élevé des étudiants autochtones qui fréquentent des établissements scolaires publics hors réserve. Selon la CAEA, 65 % des étudiants de descendance autochtone fréquentent l’un de ces établissements. Selon l’une des auteures du rapport, Charlotte Henay, le contenu occidental des cours ne convient pas à cette catégorie d’étudiants qui, faute de reconnaissance de leur culture, abandonnent en cours de route. « Je crois qu’une meilleure connaissance va apporter une responsabilisation du peuple canadien. Cette responsabilisation va, à son tour, apporter une meilleure volonté à reconnaître les valeurs et les perspectives autochtones », a indiqué celle qui dirige une école primaire publique à Toronto.

Les huit recommandations du rapport proposent, entre autres, l’intégration des valeurs autochtones dans la formation des enseignants, tant au niveau du perfectionnement professionnel qu’au cours de la formation universitaire. Inciter des Autochtones à poursuivre une carrière en enseignement est également à l’ordre des priorités soumises par la CAEA. Charlotte Henay estime que le système scolaire peut changer les attitudes et perceptions. « Je crois fermement que le système éducatif public a la possibilité de toucher une grande majorité de notre population. Si on change notre approche pédagogique et le contenu de ce que l’on enseigne, il est clair pour moi que l’on va peut-être désapprendre pour apprendre. »

Le nouveau curriculum proposé par la Coalition reprend l’histoire des peuples autochtones avant la colonisation et suggère de revoir les coutumes, les traditions et la spiritualité des divers groupes autochtones. L’histoire des traités, de leur contenu et des conséquences de ceux-ci sont d’autres éléments importants, selon la CAEA. Finalement, le but avoué de l’exercice est de donner aux Canadiens la possibilité de pouvoir réfléchir sur la question autochtone et de développer une pensée critique.

Pour les auteurs du rapport, le curriculum actuel perpétue la répression culturelle, soit par la marginalisation des peuples autochtones, soit par la transmission de données erronées. Selon l’organisme, les livres d’école brossent grossièrement un portrait des cultures autochtones. « Mingo, un Indien-des-Prairies, coiffure de guerre sur tête et raquettes aux pieds, se tient près de son tipi et de son totem. Derrière lui se trouve l’iglou de son fidèle ami Kusugak », écrit le rapport. La directrice d’école Charlotte Henay estime que cette représentation sert bien les intérêts de la culture dominante. « Quand on cherche à perpétuer ce qui est pour moi un vol de terre et un système qui est déséquilibré, on doit faire de l’endoctrinement, révèle-t-elle. On doit apprendre aux Canadiens que l’histoire se justifie, qu’on était un peuple qui était plus fort, que la terre n’était pas habitée, qu’on ne s’en servait pas et puis que la colonisation a été juste. Pour pouvoir faire ça et perpétuer l’inégalité et la marginalisation, on se sert du système éducatif. »

Ce ne sont, par contre, pas tous les étudiants de descendance autochtone qui sont confrontés à un curriculum qui ne reflète pas leurs cultures. Aux Territoires du Nord-Ouest, les curriculums Dene Kede et Inuuqatigiit ont été créés justement pour permettre aux étudiants d’apprendre tant la géographie que les mathématiques et ce, à travers une approche qui valorise les savoirs traditionnels autochtone et inuit. Le curriculum déné, par exemple, a été mis sur pied en 1993 par une équipe de professeurs et d’aînés autochtones et est offert de la maternelle à la 6e année. Une autre version est en préparation pour les étudiants de 7e, 8e et 9e année. « Nous voulons nous assurer que les étudiants aient une idée de ce qu’ils sont et de leur histoire », a indiqué le sous-ministre adjoint du ministère de l’Éducation, de la Culture et de la Formation, Dan Daniels.

Les Territoires du Nord-Ouest mettent également sur pied depuis deux ans un curriculum au contenu autochtone avec les provinces de l’Ouest et les territoires du Yukon et du Nunavut.