Régénération des sites miniers : L’héritage pollué des mines d’or

17 septembre 2009
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Martin Gavin le directeur des opérations de la mine Giant,  devant le basin de décantation, inspecte de la boue issue du traitement des eaux contaminées. (Photo : M. Jaillet)

Martin Gavin le directeur des opérations de la mine Giant, devant le basin de décantation, inspecte de la boue issue du traitement des eaux contaminées. (Photo : M. Jaillet)

 Yellowknife : deux énormes exploitations aurifères, des tonnes de trioxyde de diarsenic accumulées, deux projets d’assainissement, l’un est pris en charge par le gouvernement, l’autre par une compagnie minière.

 

La capitale des TNO s’est bâtie sur l’exploitation des mines d’or, Yellowknife vit maintenant avec une gangrène environnementale qu’il faut neutraliser. L’ampleur des dégâts environnementaux associés à l’exploitation de la mine Giant est à la mesure du gigantisme de son site. La mine Giant renferme dans ses entrailles, 270 000 tonnes de trioxyde d'arsenic sur un site d’une superficie de 949 hectares (environ 1900 terrains de soccer). L’employé des Affaires indiennes et du Nord Canada et gestionnaire du plan d’assainissement de la mine, Martin Gavin, n’en est pas à sa première restauration d’un site minier. Parcourant les chemins qui bordent les puits à ciel ouvert et les lagunes de décantations, il s’étonne encore de l’immensité du site. « C’était une énorme opération et le travail à accomplir est énorme aussi », dit-il.

De l’autre côté de la ville, l’édifice le plus haut des TNO domine le site de la mine Con. Le chevalement Robertson abrite un puits qui plongeait les mineurs à 1 850 mètres sous terre en treize minutes d’ascenseur. La compagnie Newmont qui a racheté Miramar mining corporation en 2008 est responsable du plan d’assainissement et estime que le chevalement est le seul artéfact qui pourrait demeurer en place sur le site de la mine restaurée. La ville de Yellowknife a effectivement répété à plusieurs reprises sa volonté de conserver et rénover cette structure d’acier jugée comme un élément principal du patrimoine historique de la ville.

À la différence de la mine Giant qui attend encore l’approbation de son projet d’assainissement, la mine Con a déjà complété la moitié de son plan de régénération. Scott Stringer, directeur général des opérations nordiques de Miramar se dit heureux que la compagnie ait élaboré un plan conjointement avec la ville et d’autres parties. « Lorsque soumis l’Office des terres et des eaux de la vallée du Mackenzie, le plan n’a pas été dirigé vers une évaluation environnementale. Nous avons pu débuter tout de suite la fermeture de la mine », raconte M. Stringer. La mine Con a aussi un autre avantage sur la mine Giant, durant une partie de ses opérations, la mine utilisait une autoclave pour libérer l’or de l’emprise du minerai. Ainsi, le trioxyde d'arsenic qui se dégage normalement de l’extraction aurifère était contenu et transformé en dioxyde d’arsenic qui est beaucoup plus sable. « Nos résidus miniers ont été systématiquement épandus en surface, ce qui facilite énormément notre tâche pour assainir le site au complet. Nous avons complété le traitement de l’arsenic dès 2007 », explique M. Stringer. Le budget de la restauration de la mine Con s’élève à 15 millions de dollars. Le directeur des opérations sur le site, Keith Watson estime qu’ils accompliront leur tâche vers l’an 2012. « Le plan est de couvrir l’ensemble des lagunes d’une couche de roche de carrière et c'est une barrière contre la migration vers le haut des contaminants. De plus, des déversoirs sont aménagés sur tout le site pour concentrer l’écoulement de l’eau de surface vers la station d’épuration. » La station d’épuration sera le legs perpétuel du plan d’assainissement de la mine. Elle déversera dans le Grand lac des Esclaves l’eau traitée qui ruissellera encore sur l’ancien site minier.

Pour la mine Giant, maintenir l’état de la mine avant le début de la régénération nécessite l’emploi d’une cinquantaine de personnes. Selon Martin Gavin, il faut compter également une cinquantaine d’ingénieurs qui travaillent à l’élaboration du projet d’assainissement. Chaque année passée à entretenir la mine pour maintenir la sécurité publique et la protection de l’environnement engouffre 10 millions de dollars des contribuables. Le plan d’assainissement en tant que tel qui doit s’échelonner sur dix ans s’élève entre 400 et 500 millions de dollars dépendamment de l’efficacité de la technologie choisie. Les quinze cavités souterraines où est entreposée la poussière de trioxyde de diarsenic seront congelées afin d’empêcher tout rejet de ce poisson dans les eaux souterraines. Pour l’instant l’eau est continuellement pompée hors des galeries et traitée avant d’être lentement rejetée dans le ruisseau Baker. Sur le site de la mine Giant, les lagunes seront elles aussi remblayées, plus d’une centaine de bâtiments seront démolis et la route qui traverse le site en ce moment sera déviée.