Plan stratégique communautaire : L’évaluation mène vers un nouvel « outil rassembleur »

Le sociologue Éric Forgues est le directeur général de l’Institut canadien de recherche sur les minorités linguistiques de l’Université de Moncton.

Le sociologue Éric Forgues est le directeur général de l’Institut canadien de recherche sur les minorités linguistiques de l’Université de Moncton.

Au moment où 800 francophones et 33 organismes nationaux étaient réunis en 2007 pour appuyer dans l’enthousiasme leur Plan stratégique communautaire (PSC), la ministre du Patrimoine leur annonçait qu’elle allait mener ses propres consultations pour élaborer la Feuille de route pour les langues officielles 2008-2013. L’assemblée avait applaudi Josée Verner poliment.
Le PSC développé par les communautés a reçu peu de financement. La Feuille de route que le gouvernement leur a offerte (et à la minorité anglophone québécoise), à partir d’un amalgame d’initiatives existantes, a réuni des fonds totalisant 1,1 milliard.
Neuf ans plus tard, le moment est venu d’évaluer le PSC et la 2e Feuille de route (2013-2018). Et la question se pose : les deux plans peuvent-ils converger?
En janvier, le secrétaire parlementaire Randy Boissonnault de Patrimoine canadien a déclaré aux Communes que des consultations débuteront l’été prochain pour remplacer la Feuille de route. Pour sa part, la Fédération des communautés francophones et acadienne mène une évaluation avec le Forum des leaders, le mécanisme de suivi du PSC.

Prochain plan
« On a fait le bilan du plan au cours des deux dernières rencontres du Forum, explique la présidente Sylviane Lanthier. Les gens ont participé à de multiples façons, entre autres par des sondages.
« Ça a permis d’éclairer un peu ce que pourrait être un prochain plan, qui ne serait pas nécessairement un plan stratégique, mais un document d’inspiration qui permettrait de situer l’ensemble des dossiers de la francophonie. Parce que les vrais plans stratégiques appartiennent aux communautés et aux organismes des provinces et territoires.
« On y travaille encore, poursuit la présidente. On voudrait avoir un document en 2017 qui serait un outil rassembleur des communautés. Il y a une coïncidence intéressante avec le fait que le gouvernement va faire des consultations l’été prochain sur la Feuille de route. On souhaite une interaction avec lui pour voir ensemble où est-ce qu’on est rendu et où est-ce qu’on veut aller. »
Le sociologue Éric Forgues a participé au Forum du 26 février. « On ne peut pas parler d’un échec du plan. Une analyse a montré une convergence avec la Feuille de route sur plusieurs points. Certains objectifs dépendent de facteurs sociaux sur lesquels les organismes ont une prise limitée.
« On a eu des progrès en gouvernance communautaire et en droits linguistiques, précise le directeur général de l’Institut canadien de recherche sur les minorités linguistiques. D’autres objectifs dépendaient de la volonté de gouvernements qui n’étaient pas toujours au rendez-vous, l’immigration et la petite enfance, par exemple.
« Le manque de données pour évaluer les progrès a été un enjeu, déclare-t-il. La FCFA a fait de nombreuses demandes auprès de Patrimoine canadien pour obtenir des ressources afin d’évaluer les progrès. Ce n’est qu’en 2015 que le Forum a pu en obtenir. À l’avenir, nous voulons que l’évaluation soit intégrée dès le départ.

Arrimage et transparence
« C’est idéal qu’un arrimage se fasse entre le prochain plan fédéral et celui des communautés, estime Éric Forgues. Pour cela, il faut établir un meilleur dialogue. Les premiers signaux de la part du gouvernement semblent plutôt positifs. »
La politicologue Linda Cardinal voit dans la transparence annoncée par Ottawa une occasion de redéfinir la relation. « Sous (le premier ministre Stephen) Harper, on a eu peur de perdre notre financement. C’est un message qui revient souvent depuis les années 1990, c’est qu’on vient de vous acheter, vous ne pouvez pas nous critiquer.
« Les groupes doivent jouer un rôle critique et ne pas toujours avoir peur, soutient la professeure de l’Université d’Ottawa. Si le gouvernement est transparent, les communautés peuvent l’être aussi. Quelle relation faut-il établir entre les deux pour que le dialogue et le droit de parole incluent les commentaires critiques?
« Il faut redéfinir les règles du jeu, note-t-elle, libérer la parole au sein des organismes. Si on reconnait davantage ce rôle et qu’on arrête les menaces, on pourra participer de façon plus égalitaire. Les discussions porteront moins sur une liste d’épicerie et plus sur les enjeux. »
Linda Cardinal souhaite que le processus prévoie des moments de réflexion collective. « Il ne suffit pas de dire qu’on va consulter, mais comment? Une consultation, ça se prépare.
« Le gouvernement doit mettre sur pied un comité très fort pour prendre le pouls du pays, recommande-t-elle. Il doit aussi consulter à l’intérieur de la fonction publique, où il y a des enjeux importants. Il faut aussi que les députés soient sensibilisés aux langues officielles. »


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