Élections fédérales : L’état du silence

15 octobre 2015
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Silence, on tourne. Voilà des semaines que ça dure. On tourne autour du pays, de l’environnement, de l’économie, du niqab, des emplois, du bilan des 10 dernières années, et surtout des électeurs, en leur promettant des lendemains qui chantent. Bref, on pavoise avec ce qui, espère-t-on, multipliera les voix en sa faveur. Il y a quand même des choses dont on ne parle pas. Dans tout ce brouhaha, il y a eu ce silence que la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada a dénoncé.
Cinq débats sur les grands enjeux de la société canadienne, cinq débats où l’on n’a pas pipé mots sur la francophonie. Des heures de discussions, de réponses, d’arguments et d’invectives sans allusion au visage que les minorités veulent voir dans leur pays, un visage marqué des traits de leur culture et de leur quotidien.
Le silence parle parfois plus fort que les cris. Cette fois, il nous apprend que la classe politique ne voit pas dans la question linguistique un enjeu de société d’assez grande importance pour en faire un thème de campagne. Bien sûr, tous les politiciens à qui on posera la question auront de bons mots. Mais, laissés à eux-mêmes, ces aspirants à la gouverne de l’État n’en disent rien.
Peut-on le reprocher à la presse parce qu’elle n’a pas soulevé la question? Il y a peut-être là une partie de la réponse. Le dossier québécois intéresse la grande presse francophone comme anglophone, mais pas le bilinguisme canadien, chère aux minorités.
Cela dit, on sait qu’un politicien n’a pas besoin des journalistes pour dire ce qu’il veut. Les électeurs qui ont suivi les débats des chefs ont découvert l’usage de la « cassette », ces déclarations déjà prêtes que l’on débite à la première occasion. Que l’on réponde à la question du journaliste ou non, cela n’a guère d’importance. Ce qui compte, c’est que le message souhaité atteigne le micro et les esprits.
Or, il est clair qu’aucun des partis engagés dans la course ne place le fait français ou le Canada bilingue dans ses priorités. En d’autres mots, aucun ne juge cela nécessaire ou utile pour attirer des électeurs. Car, il faut bien l’admettre, les discours politiques et les promesses reposent sur une certaine arithmétique. Ce qui ne se comptera pas en votes sera passé sous silence.
C’est ce qui s’est produit au grand dam de la FCFA qui s’interroge toujours sur ce que le prochain gouvernement aura en réserve pour ses communautés.
Mais dans tout cela, il ne faut pas oublier que les stratèges sont à l’écoute des électeurs. Le message d’un parti quel qu’il soit, vise toujours à se rapprocher du peuple. S’il élude une question, c’est parce qu’il y a une raison. En d’autres mots, on aurait mis la sourdine sur ce dossier parce qu’il y avait mieux à dire.
Il n’y aurait donc pas dans la société canadienne cet élan populaire qui mènerait spontanément vers le plein épanouissement des ses deux communautés linguistiques et qui ferait que l’électorat veuille en entendre parler.
Bien sûr, des citoyens croient en ces idéaux, mais c’est probablement parce qu’ils ne sont pas très nombreux qu’on en expurge les discours électoraux.
Les Libéraux en ont fait une timide mention en Ontario. Tiède réconfort parce que le premier motif de la déclaration n’était pas la francophonie comme telle, mais l’unité canadienne et la question québécoise. Il s’agissait pour Justin Trudeau et ses troupes, accompagnés de Jean Chrétien pour l’occasion, de se montrer meilleur défenseur de l’unité canadienne que le Nouveau parti démocratique.
En définitive, c’est en voulant rassurer l’électorat anglo-canadien quant à l’intégrité de leur pays que l’on a effleuré la question francophone. Il faut bien employer le mot juste : « effleuré », pas davantage. Un souffle, un chuintement… Le silence.