Santé des Autochtones et des Inuits : L’autre solution

23 mai 2003
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La médecine traditionnelle est reconnue dans plusieurs régions du monde et pourrait prendre plus d’importance aux Territoires du Nord-Ouest. À l’instar de son voisin, le Yukon, qui offre un programme de médecine traditionnelle à l’Hôpital général de Whitehorse, les TNO pourraient donner plus d’espace aux approches traditionnelles de guérison. « Nous devons accorder à la médecine traditionnelle une place plus prépondérante », a indiqué le ministre de la Santé et des Services sociaux, Michael Miltenberger, qui assistait récemment, à Yellowknife, à un forum sur la santé des Premières Nations et des Inuits, mis sur pied par l’Organisation nationale de la santé autochtone (ONSA). « L’intérêt envers ce domaine est de plus en plus grandissant », a-t-il mentionné.

La position du ministre reflète celle de l’ONSA, qui a parcouru le pays au cours de la dernière année afin de recueillir de l’information sur les besoins en santé des peuples autochtones et inuits. Selon son directeur, Richard Jock, les gens se tournent vers la médecine traditionnelle beaucoup plus qu’on ne le croit. « Nous avons noté que plus du deux tiers des Premières Nations qui ont assisté à nos rencontres est très intéressé à avoir accès à la médecine traditionnelle. Un pourcentage très élevé de ces gens a recours, de façon régulière, à cette forme de médecine. »

Ailleurs dans le monde, cet intérêt est manifeste, non seulement dans les pays en voie de développement, où chamans et guérisseurs font partie de la culture, mais également dans les pays dits industrialisés. Selon la Stratégie 2002-2005 pour la médecine traditionnelle de l’Organisation mondiale de la santé, près de 70 % de la population canadienne a eu recours, au moins une fois au cours de la même année, à la médecine complémentaire et parallèle. Ce nombre s’élève à 42 % pour les États-Unis et à 75 % pour la France.

Pour que la médecine traditionnelle soit pleinement reconnue, il faudrait que des lois encadrent sa pratique. Or, selon Bertha Blondin, une guérisseuse traditionnelle vivant à Yellowknife, il n’y a pas de loi aux TNO qui autorise la vente de plantes médicinales. Le ministre de la Santé et des Services sociaux estime que, pour introduire la pratique traditionnelle dans les institutions de santé, il faut qu’une entente soit conclue avec ces établissements. « C’est une approche différente, mais qui n’est pas moins valide que l’approche actuelle, a révélé Michael Miltenberger. Cette pratique doit être amalgamée avec notre système. Dans certains cas, la médecine traditionnelle pourrait être la seule requise pour soigner un patient. Dans d’autres cas, comme les chirurgies ou les traitements contre le cancer, une approche mixte pourrait être la meilleure », a-t-il révélé.

Le directeur de l’ONSA reconnaît que la médecine traditionnelle au Canada n’est pas pleinement reconnue. « Ailleurs dans le monde, la médecine traditionnelle est beaucoup plus intégrée au système de santé, tandis qu’ici, c’est complètement séparé. Cette approche n’est généralement pas appuyée financièrement. Nous devons faire en sorte qu’elle devienne une composante de notre système de santé. »

Dans le rapport de la Commission sur l’avenir des soins de santé au Canada, qui comprend un chapitre entier sur la question de la santé des peuples autochtones, le commissaire Roy Romanow recommande la mise sur pied d’un nouveau modèle de prestation des soins de santé pour les collectivités autochtones. Ce modèle devrait adopter une approche holistique de la santé, ce qui pourrait permettre une meilleure compréhension des problèmes de santé des Autochtones, tel le suicide, l’alcoolisme fœtal ou le diabète. Sans clairement faire mention de la médecine traditionnelle, la Commission reconnaît qu’une meilleure interaction entre les phénomènes sociaux et les problèmes de santé pourrait donner de meilleurs résultats qu’une approche qui ne tient pas compte des facteurs sociaux. Le directeur de l’ONSA, Richard Jock, estime que c’est une fenêtre qui s’ouvre sur la pratique traditionnelle. L’intégration de cette pratique doit, par contre, se faire graduellement. « Il y a encore beaucoup de travail à faire pour veiller à ce que ce soit fait de la bonne façon. Les guérisseurs traditionnels veulent du temps pour penser à la meilleure façon de faire les choses, et non être bousculés. »

Avec les indicateurs de santé qui démontrent que les Premières Nations font face à des problèmes de santé aigus, le gouvernement des TNO doit trouver, avec un budget restreint, des solutions à court et moyen termes. La médecine traditionnelle pourrait donner des pistes de solution. « Nous essayons présentement de faire une meilleure utilisation de la médecine traditionnelle, a indiqué Michael Miltenberger, mais nous ne sommes pas encore rendus là où nous voulons nous rendre. »