Essai : L'autre côté de l'Histoire

13 mars 2014
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Né aux États-Unis d'une mère grecque et d'un père cherokee, Thomas King habite depuis plusieurs années au Canada où il enseigne et écrit des romans, des nouvelles et des essais. L'Indien malcommode est dans cette dernière catégorie littéraire et King précise que son ouvrage a mûri pendant plusieurs décennies.
Quand King écrit Indien malcommode, on pourrait penser Indien récalcitrant. Récalcitrant aux génocides, aux massacres, aux traités, aux spoliations, aux usurpations de terre et d'identité, à l'assimilation et à l'acculturation, aux lois et aux mensonges, procédés que l'écrivain décrit dans son essai en les circonscrivant au Canada et aux États-Unis. Comme une tache récalcitrante sur un tissu blanc. Indien qui se plie parfois, Indien qui mute, mais Indien qui persiste et qui cause encore problème à l'ordre colonialo-capitaliste, appelons-le ainsi.
L'ouvrage débute par une analyse sémiologique de l'amérindianité, de la représentation des Amérindiens dans la culture, de la numismatique au cinéma. Dans ce dernier créneau, King note qu'il y a le sauvage assoiffé de sang, le sauvage noble et le sauvage agonisant et que leur destin, dans les scénarios, n'est jamais heureux. Il interroge ensuite la convention hollywoodienne voulant qu'un Blanc puisse jouer un Amérindien, mais qu'un Amérindien ne puisse jamais jouer autre chose que lui-même. Et encore, dans une typologie, on l'a vu, extrêmement réduite, sinon insignifiante.
La seconde partie de l'ouvrage est davantage centrée sur les processus juridiques et législatifs par lesquels les Amérindiens ont été évincés de leurs droits au XXe siècle. On parle par exemple de la loi C-31, qui devait remédier aux inégalités entre Amérindiens inscrits et Amérindien non inscrits et qui, selon la lecture qu'en fait King, n'est ni plus ni moins qu'un plan pour faire disparaître à long terme le statut d'Amérindien. L'auteur élabore également sur les organismes et mouvements de revendications autochtones comme l'American Indian Movement, le Conseil national des Autochtones du Canada, etc.
Tout au long de son récit, Thomas King utilise un ton inhabituel pour un livre d'histoire, n'hésitant pas à se mettre en scène lui-même, jouant de la dérision pour mieux appuyer son propos, sautant jovialement d'une époque à l'autre. Le fil conducteur de l'ouvrage se fait un peu ténu, mais cette approche pourra séduire un certain nombre de lecteurs apeurés par l'académisme qu'on prête habituellement aux ouvrages historiques. Et c'est tant mieux, parce qu'il y a énormément à apprendre dans L'Indien malcommode, même si l'ouvrage est d'une grande tristesse et insuffle une dose quasi létale de pessimisme sur la nature humaine. Petits bémols : Thomas King situe Sillery sur le bord du Saguenay et présente le Nunavut comme étant le Nord du Québec. On espère que le reste est plus rigoureux.

 

Thomas King
L'Indien malcommode
Boréal, 2014
Traduit par Daniel Poliquin, 312 pages