Mine Colomac : L’assainissement, un bénéfice pour les Tlicho

30 septembre 2010
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Ron Breadmore se tient devant un empilement de ferrailles qui seront enfouies dans un des puits à ciel ouvert de la mine Colomac. Le directeur des projets d'assainissement de la région tlicho au ministère des Affaires indiennes et du Nord a tenu a répéter sa signature lorsque l'eau d'un site est considérée comme traitée : il a bu l'eau du lac devant yeux des aînés autochtones. (Photo : Maxence Jaillet)

Ron Breadmore se tient devant un empilement de ferrailles qui seront enfouies dans un des puits à ciel ouvert de la mine Colomac. Le directeur des projets d'assainissement de la région tlicho au ministère des Affaires indiennes et du Nord a tenu a répéter sa signature lorsque l'eau d'un site est considérée comme traitée : il a bu l'eau du lac devant yeux des aînés autochtones. (Photo : Maxence Jaillet)

Le plan d’assainissement de la mine Colomac sera achevé en 2011, soit un an plus tôt que prévu.

 Les bouchées doubles ont été mises selon Bob Johnson, le directeur de la coentreprise composée des compagnies Tlicho Engineering and Environmental Services et Aboriginal Engineering, à qui le ministère des Affaires indiennes et du Nord canadien (MAINC) a attribué, en février dernier, le contrat de 19 millions de dollars pour l’assainissement de la mine Colomac située dans la région des Tlicho, aux TNO, à 220 km au nord-ouest de Yellowknife.

Bob Johnson résume ce qui a permis à la coentreprise de compléter le travail en huit mois plutôt qu’en deux ans : « Une équipe plus importante,  un dédoublement des équipes, et des quarts de travail plus longs ». Cette coentreprise nommée Tlicho, dont 80 % de ses travailleurs sont autochtones et 60 % résident dans l’une des quatre collectivités tlicho, s’est empressée de compléter ce contrat, car un autre plan d’assainissement l’attend déjà à la mine Toundra, sur le territoire revendiqué par les Premières nations de l’Akaitcho. En visite sur le site de cette mine d’or, qui a été en exploitation de 1989 à 1997, une dizaine d’aînés de la région des tlicho ont remercié à plusieurs reprises les acteurs de cet assainissement. Mike Nitsiza, de l’Office de la terre et des eaux du Wek’eezhii, estime que les Tlicho pensaient que ces terres étaient perdues et qu’ils sont heureux qu’elles aient pu être nettoyées pour les générations futures. Les aînés ont participé symboliquement à la revitalisation du site en dispersant des graines de conifères indigènes sur les abords d’un futur ruisseau. Mise à part l’importance de la restauration de l’habitat, les aînés acquiescent également aux possibilités économiques. En tant que représentant de l’Office de la terre et des eaux du Wek’eezhii, Georges Mackenzie estime qu’on apprend toujours de la sagesse des aînés. Ce bénéficiaire tlicho raconte que « beaucoup de lobbying a été fait pour que ce contrat soit attribué aux Tlicho, car nous ne voulions pas qu’aucune autre compagnie puisse enlever l’argent et les bénéfices [de ce contrat] à notre peuple ». Georges Mackenzie argumente que son peuple n’a jamais bénéficié de Colomac durant son exploitation et remarque qu’aujourd’hui « nos jeunes sont formés, ils ont du travail, la capacité de nos entreprises grossit et le fait que cela se passe dans notre cour arrière justifie que nous ayons ces contrats ». Plus tard, Georges Mackenzie avouera que l’idée d’obtenir ce premier contrat était justement de pouvoir développer les entreprises tlicho, de construire leur expertise afin qu’elles puissent présenter leurs offres de service non seulement sur leur territoire, aux TNO ou au Canada, mais aussi à l’international.

Le site pollué de Colomac semble propre et proche de reprendre sa place dans la taïga environnante, grâce à l’assainissement des eaux résiduelles qui contenaient, entre autres, du cyanure, la démolition et le nettoyage des réservoirs d’hydrocarbures et d’autres bâtiments de la mine, et la bioremédiation et le recouvrement du site par une couverture aplanie de roche. Il reste toutefois plusieurs points à régler pour le ministère des Affaires indiennes et du Nord canadien afin de quitter les lieux en 2011 et ne revenir qu’à l’occasion pour contrôler le site durant les cinq prochaines années. Selon Ron Breadmore, qui dirige les projets d’assainissement de la région des Tlicho pour le MAINC, il reste à finir d’enfouir tout le métal nettoyé présent sur le site, à démolir et à enfouir les derniers bâtiments, comme la cafétéria et les dortoirs utilisés par les équipes d’assainissement, et, finalement, à éliminer et à surveiller le reste des hydrocarbures qui ont infiltré le sol du site. Le diesel extirpé de la roche a pour l’instant été réutilisé sur le site pour chauffer des installations (200 litres en 2007). Tout hydrocarbure récupéré sera désormais transvasé dans des bidons et transporté hors du site. Le sol sera nettoyé par bioremédiation en épandant des nutriments et de l’eau pour permettre à des bactéries de transformer les résidus d’hydrocarbure.