Francophonie canadienne : L’adieu d’un francophone engagé

On vient de rendre hommage à Mauril Bélanger, député d’Ottawa-Vanier, qui vient de nous quitter. Il y a quelques mois, on sentait déjà sa fin prochaine. Pourtant, même s’il était miné par la maladie, il continuait son travail de démocrate. Il faisait partie d’une famille de parlementaires particulière.

Paul Martin l’avait promu au rang de ministre responsable de la francophonie, mais le temps n’a pas joué en sa faveur. La victoire des conservateurs en 2005 l’a poussé dans l’Opposition.

Certains diront qu’il n’était pas un parlementaire flamboyant, mais l’arrière-ban collé au rideau vert des Communes n’était pas sa place non plus.

La famille de Mauril Bélanger était de celles qui croient en une cause, mais qui font rarement les manchettes. Il portait sur ses épaules un dossier plutôt discret dans les débats publics pancanadiens soit l’épanouissement de la francophonie canadienne.

Ainsi, il était non seulement la voix d’Ottawa-Vanier, circonscription à forte concentration francophone de la capitale nationale, mais de tous les francophones minoritaires au pays.

Ce dossier a beau toucher des citoyens de partout, le député qui le prend sur ses épaules restera souvent dans l’ombre. Les francophones dispersés dans la masse anglaise canadienne ne sont pas assez nombreux pour que les journalistes affectés à la politique canadienne passent le micro à ceux qui les défendent.

Les grands médias se feront rarement tribune pour ces députés pourtant convaincus. C’est pourquoi des parlementaires de la trempe de Mauril Bélanger, tout comme son prédécesseur dans Ottawa-Vanier, Jean-Robert Gauthier, n’ont pas toujours eu l’attention qu’ils méritaient dans la presse. Heureusement, il existe d’autres moyens de leur accorder la parole, dont les comités parlementaires.

On dit souvent que la Chambre des communes est le lieu où s’exprime la démocratie. Or, le rôle des comités parlementaires à cet égard est tout aussi important, même s’il se joue loin des caméras, la plupart du temps. C’est dans ces comités que se débattent les grands enjeux de la société canadienne.

Il arrive de temps à autre qu’un député se détache du lot. C’était le cas de Mauril Bélanger.

On entendait davantage que des mots quand il prenait la parole. L’inflexion dans sa voix était plus révélatrice que tout le vocabulaire des grands dictionnaires. Ce que l’on écoutait dans ces moments-là, c’était la voix du cœur. Il en était ainsi quand il évoquait la condition des minorités francophones.

L’hiver dernier, la Chambre des communes lui a fait l’honneur de le désigner Président honoraire. En lui rendant hommage, le Premier ministre Justin Trudeau a promis un plan d’action à l’intention des minorités linguistiques.

Qu’on se le dise, il sera toujours difficile de porter cette question au rang de grands débats publics au Canada même si c’est la place qu’elle mérite. Ce qu’il faut pour lui préserver ces pages dans le grand livre de la politique canadienne, ce sont des députés qui y tiennent mordicus.

Le sens de l’engagement de Mauril Bélanger ne se limitait pas à la francophonie. Il a entre autres collaboré à la création d’une bourse à l’intention des étudiants d’origine haïtienne à Ottawa, il s’est fait défenseur du logement coopératif et a cofondé l’Association parlementaire Canada-Afrique.

Il s’était attelé à une tâche à grande portée symbolique qu’il a pilotée avec les dernières forces que la vie lui avait laissées, le projet de loi C-210 sur la neutralité des genres dans l’hymne national. Son initiative est maintenant devant le Sénat, en vue de son adoption prochaine. D’une certaine manière, Mauril Bélanger est toujours au Parlement.

Il aura joué son rôle jusqu’au bout avec courage et détermination, attitude manifeste tout au long de ses années passées aux Communes. Il était animé par la foi de ceux et celles qui croient en une société ouverte, pluraliste et égalitaire.


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