PROJET VERT L’AVENIR : Chronique d’écosurvie : L’ATTITUDE OU LATITUDE

26 novembre 2009
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Il y a près de dix ans je quittais le Québec pour m’installer à Yellowknife aux Territoires du nord-ouest, tout au bout d’une route qui ne va nulle part. J’ai quitté le Québec sur un coup de tête. La tension politique du moment aidant, la coupure se fit sans trop de dommage émotionnel. Comme pour plusieurs personnes, le Nord fut une plaque tournante dans ma vie. Aujourd’hui je quitte un autre chez-moi. Cette fois le départ s’est préparé pendant plus de trois ans.

 

Il y a dix ans il m’aurait été presque impossible de penser écrire une chronique de ce genre. Aujourd’hui j’ai peine à imaginer que j’ai pu attendre si longtemps. Le nord m’a-t-il changé ou est-ce que j’aurais changé même si je n’étais pas parti du Québec ? J’ai tendance à penser que même si la graine de la réflexion écologique était probablement déjà en moi au Québec, le nord a certainement aidé à la faire germer.

 

Rares sont les personnes qui passent par le nord et en ressortent inchangées. Alors que j’écris ces mots sur un ordinateur dont la source d’énergie est un petit ruisseau à quelques mètres d’ici, je ne peux qu’être reconnaissant d’être passé par ce nord. Ce rêve de vivre aussi près de l’autosuffisance que possible je l’avais au Québec, mais c’est à travers les extrêmes de la vie au nord du 60ième parallèle que je l’ai vu devenir réalité. Au « woodyard » dans la vieille ville à Yellowknife où l’unique source d’énergie était une rallonge connectée à une maison avoisinante. À Pontoon sur Ingraham Trail où eau courante voulait littéralement dire courir avec les deux 5 galons qu’on ramenait du lac. Et dans la maison mobile avec ses murs d’un pouce et demi contre le froid arctique; toutes ces expériences m’ont permis de réfléchir à beaucoup de questions dont on ne parle souvent que superficiellement. D’où nous viennent notre énergie, notre nourriture et notre confort physique (souvent rattaché au confort intellectuel).

 

Si je n’étais pas passé par le nord, pourrais-je contempler la réelle possibilité que j’ai ici d’élever des poules et des lapins pour nourrir notre famille ? Difficile à dire. Pour moi, Yellowknife, ses gens et ses expériences, ont été une forme de support et d’inspiration. Une énergie qui m’a permis de continuer à croire qu’il allait m’être possible d’aller au bout de mes rêves. L’or et les diamants que bien des individus sont venus chercher dans le nord à travers le temps, je les ai trouvé dans les amitiés que j’ai eu la chance de développer avec les gens du nord. Karley, Émile et moi sommes responsables et fiers du style de vie que nous avons choisi, mais plusieurs d’entre vous ont été une source d’inspiration avec laquelle nous continuerons de vivre pour le restant de nos jours.

 

En espérant que ces chroniques qui vous parviennent maintenant de l’autre bout du monde pourront aussi être une source d’inspiration pour ceux et celles qui croient que notre bonne vieille terre mérite d’être traitée plus délicatement qu’elle ne l’ait présentement.

 

Martin,

Yalakom Valley, Colombie-Britannique

12 novembre 2009