Un cadeau pour les gens d’ici : Indio Saravanja commet un second disque : The Caravan Sessions.

09 juillet 2009
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Avec ses petits cheveux frisés coupés en brosse, il lui ressemblerait presque. Bon, j’exagère. N’empêche, quand on l’entend, c’est tout de suite au Bob Dylan des jeunes années folk qu’on pense. Mêmes intonations presque lamentées, même travail de ciseleur pour les textes, même dépouillement sur scène.

Et quand il est monté sur celle du Top Knight de Yellowknife, le 26 juin dernier, Indio Saravanja tremblait de nervosité. « Le show le plus dur, c’est toujours celui qu’on fait dans sa ville », a-t-il confié à une salle comble, venue célébrer le retour d’un ami depuis trop longtemps parti au loin.

Ça fait un bout de temps que le petit gars des Northlands ne vit plus à Yellowknife. D’abord parti au Yukon, terre plus généreuse pour les artistes, il vit désormais dans une cabane en Colombie-Britannique avec sa douce Estelle et le bébé qui attend, cramponné dans son bedon à elle.

Après la sortie de son premier opus éponyme, la vie n’a pas toujours été facile pour Indio. Sans un sou, il continuait d’écrire chanson sur chanson, mais désespérait d’endisquer. C’est alors qu’il se décide à piler sur son orgueil et à demander un peu d’aide à ses amis. Et l’aide est venue. Une cinquantaine de fans ont répondu à l’appel et ont acheté des copies d’un CD qui n’existait pas encore. Plusieurs d’entre eux sont de Yellowknife.

Avec cet argent, il se procure l’équipement minimal pour un enregistrement maison (shack en fait). Sur la ferme Caravan où il travaille comme bûcheron, entre deux quarts de travail à la scie à chaîne, il apprend à utiliser Garage Band et enregistre peu à peu chacune des pistes. Ça a donné The Caravan Sessions, un album « indy » qui n’a rien à envier aux productions des grands labels.

Indio, qu’on savait bon guitariste folk, s’y dévoile multi-instrumentiste. Il joue d’une pléthore d’instruments, de la douze cordes au piano en passant par le banjo et le glockenspiel. Sur scène, il sort de son attirail un charango, cette petite guitare andine dont il affirme ne pas savoir jouer.

Même pas vrai, il en joue fort bien. C’est là la marque de son héritage argentin, ce pays où il est né et d’où son père a émigré pour refaire sa vie, ici, à Yellowknife.

Ce dernier est là, caché au fond du Top Knight, pour voir son fils qu’il appelle toujours Gaston, son nom de baptême. À la fin du concert, bien après le quatrième rappel, quand tout le monde sort pour une cigarette, c’est avec beaucoup d’émotion qu’il monte le rejoindre sur scène. L’accolade est franche, masculine. Ça faisait longtemps.

Il y a quelque chose de profond, d'émouvant, dans l’air. Comme lorsqu’un ami disparu cogne à votre porte avec dans ses mains la surprise qu’il vous avait promise avant de partir.