Étude de Statistique Canada : Habitudes de lecture et d’écoute télévisuelle en français accablantes

07 janvier 2016
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Linda Cardinal, titulaire de la Chaire de recherche sur la francophonie et les politiques publiques de l’Université d’Ottawa. (Courtoisie)

Linda Cardinal, titulaire de la Chaire de recherche sur la francophonie et les politiques publiques de l’Université d’Ottawa. (Courtoisie)

 

Seulement le tiers de l’ensemble des enfants francophones âgés de moins de 18 ans qui vivaient en milieu minoritaire au Canada en 2006 lisaient exclusivement ou principalement en français et 12 % d’entre eux regardaient exclusivement ou principalement la télévision en français.
C’est ce que révèle l’étude intitulée Les pratiques linguistiques des enfants de famille francophones vivant à l‘extérieur du Québec, publiée jeudi dernier par Statistique Canada à la suite d’une enquête postcensitaire du Recensement de 2006.
Ces habitudes de lecture et d’écoute de la télévision en français atteignaient par ailleurs 74 % et 32 % respectivement chez les enfants de familles dont les parents utilisaient exclusivement ou de façon prédominante le français à la maison.
Mais chez les enfants de couples exogames, le taux de lecture en français chutait entre 14 % à 21 %, selon que le père ou la mère soit francophone, et l’écoute de la télévision en français chutait à 5 %.
Bien qu’accablants, les résultats de cette enquête ne prend pas au dépourvu les chercheurs qui étudient de près, souvent depuis des décennies, les pratiques linguistiques des francophones vivant en situation minoritaire au pays, dont l’Acadien Réal Allard, de l’Institut canadien de recherche sur les minorités linguistiques (ICRML), et professeur émérite à la retraite de l’Université de Moncton.
« Puisque j’ai fait (dans le passé) des analyses qui portaient dans une certaine mesure sur les mêmes comportements d’enfants en fonction de différents facteurs, comme les concentrations de francophones dans certaines régions, il n’y a pas là de grandes surprises, en ce qui me concerne, commente-t-il.
« Les résultats sont sans doute préoccupants pour quiconque s’intéresse à la présence de la langue française et son utilisation à l’extérieur du Québec, précise-t-il, (mais) ça vient peut-être confirmer des choses que l’on observait dans les communautés francophones de l’extérieur du Québec. »
Le professeur Allard fait remarquer que les conclusions de l’étude indiquent que les habitudes de lecture, d’écoute de la télévision ou de la fréquentation d’activités sportives ou de loisirs des jeunes francophones sont plus intenses là où il y a une masse critique de francophones, dans les district de recensement où ceux-ci constituent 25 % et plus de la population.
De plus poursuit-il, « on parle beaucoup, à l’extérieur du Québec, d’enfants de couples exogames (avec un parent de langue française et l’autre de langue anglaise); ça prend toute une volonté et une négociation pour faire des choix au sein de la famille; ça commence là et ça se poursuit dans le choix de la garderie, du préscolaire et le reste ».
« (Mais) ce n’est pas la fin du monde, enchaine Benoit Doyon-Gosselin, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en études acadiennes et milieux minoritaires et professeur à l’Université de Moncton. Il n’y a pas eu de moment de surprise (dans les conclusions de cette étude). On pouvait, sans connaitre les chiffres, s’imaginer que ça ressemblait à ça. »
Il y lit entre autre que « l’école ne peut pas remplacer les parents pour la transmission d’une langue », en déplorant la généralité des données alors que les jeunes de 16 ans, par exemple, sont mis dans la même assiette que ceux de sept ans.
« Les jeunes vont à l’école en français, mais s’il n’y a pas de suivi à la maison, ça devient difficile. Il y a comme une sorte de façade à savoir qu’à l’école on fait les choses d’une telle façon mais qu’à la maison… »
Linda Cardinal, professeure à l’École d’études politiques et titulaire de la Chaire de recherche sur la francophonie et les politiques publiques de l’Université d’Ottawa, est d’accord au sujet de la nébulosité des données de l’étude.
« Ce sont des données très générales, dit-elle, qui ne permettent pas de faire une analyse très approfondie parce que pour bien comprendre (leur) signification, il faudrait ventiler par province (car) on peut formuler l’hypothèse selon laquelle les pratiques linguistiques des enfants dans les familles francophones hors Québec seront différentes selon qu’on soit au Nouveau-Brunswick, en Ontario, en Alberta ou en Colombie-Britannique.
Mais, comme ses collègues Allard et Doyon-Gosselin, elle y voit un élément positif.
« Ça ouvre un champ de réflexion, conclut-elle. Statistique Canada n’avait peut-être pas beaucoup exploré ce domaine et je trouve quand même cela intéressant, car ça ouvre un espace de discussion sur la réalité des pratiques linguistiques des francophones. (…) Il reste maintenant aux gens qui œuvrent dans le domaine de s’en servir et de l’approfondir, d’envoyer de nouvelles demandes à Statistique Canada. »