Services gouvernementaux en français : Grogne et progrès

08 février 2018
La communauté franco-ténoise en consultation. (Crédit photo : Denis Lord)

La communauté franco-ténoise en consultation. (Crédit photo : Denis Lord)


70 % des répondants au sondage ont noté une amélioration aux services en français.


Le progrès est évident, mais de nombreuses sources de frustrations demeurent. Tel est le constat sur la présence et la qualité des services en français du gouvernement ténois établi lors de la consultation publique du 3 février dernier au Centre du patrimoine septentrional Prince-de-Galles.


Un peu moins de trente personnes ont participé à cette rencontre animée par deux employés de la firme de consultants Grant Thorton, Maral Elliott et Geoff Dubrow, où ont été divulgués les résultats d’un sondage en ligne mené du 12 au 26 janvier dernier.


Lors de ce sondage, 70 % des répondants ont noté une amélioration aux services en français, une perception partagée par les citoyens présents à cette consultation. La plus grande satisfaction observée concerne les points de service en français pour le ministère des Infrastructures.


Les personnes réunies à Prince-de-Galle se sont exprimées tout autrement à propos des services en santé. L’enseignant responsable du programme de soutien de l’école Allain St-Cyr, Mathieu Gagnon, a observé une amélioration marquée des services en français pour ses élèves : « Nous avons maintenant trois services sur quatre, a-t-il dit, dont une orthophoniste qui parle français, et quelqu’un pour les consultations qui est assez facile à rejoindre la plupart du temps. »


Dangers
Les autres témoignages exprimés étaient beaucoup moins positifs. Une dame s’est plainte que le manque de services en français à l’hôpital Stanton avait mis sa vie en danger. De surcroît, elle a décrié l’attitude du personnel, qui ne faisait ni d’offre active ni de retour sur ses appels. « À la clinique et à l’hôpital, a ajouté une autre personne, on affiche qu’on parle français, mais dans les faits, on ne le parle pas. »


D’autres reproches concernaient la Commission de la sécurité au travail et de l’indemnisation des travailleurs, le centre antipoison et la ligne d’urgence en santé mentale, où il a fallu trois jours au personnel pour rappeler un client.

Trouver les ressources
II est ressorti de la consultation que le gouvernement des Territoires pourrait ajuster ses techniques de recrutement et mieux utiliser les ressources qu’il possède déjà. Il pourrait par exemple systématiquement demander aux gens qui postulent à un emploi quelles langues ils parlent, même s’il ne s’agit pas d’un poste bilingue. Il a aussi été avancé que le gouvernement ténois pourrait mettre en place un système de reconnaissance des diplômes obtenus hors Canada afin de pourvoir facilement certains postes, notamment ceux nécessitant le bilinguisme. On a suggéré que le personnel bilingue porte des badges les identifiant comme tels, que des heures spécifiques pour les services en français soient mises en place, qu’on offre des mises à niveau pour ceux et celles qui ont déjà appris le français en immersion, mais l’ont oublié.


Des améliorations, la population francophone des Territoires peut-elle aussi en faire ? « Nous avons tous un travail à faire autour de soi pour que nos proches utilisent les services en français, a déclaré le président de la Commission scolaire francophone des territoires du Nord-Ouest, Simon Cloutier. Je connais beaucoup de francophones à Yellowknife et très peu utilisent les services en français. »


« Il n’y a qu’un poste en français à Hay River, a observé Louis-Nicolas Dolbec, aide-bibliothécaire dans cette ville, c’est celui de coordonnateur des soins de santé et de service sociaux. S’il est en vacances, c’est sûr qu’on va prendre le chemin le plus facile et parler en anglais. Ça conduit à l’assimilation. »

Population rejointe?
La consultation elle-même a été l’objet d’observations aigres-douces de la part de l’assistance. On a mis en cause le peu d’efforts faits pour rejoindre la population. « Le gouvernement voulait seulement rencontrer les leaders de la communauté, les conseils d’administration des organismes francophones, a précisé le directeur général de Fédération franco-ténoise (FFT) Jean De Dieu Tuyishime; nous on a voulu tout le monde, et ça a donné ça. »


Le gouvernement des Territoires du Nord-Ouest a doté la FFT d’un budget pour, notamment, la location de la salle et le transport à Yellowknife de membres de la communauté francophone demeurant à l’extérieur de la capitale. Ce budget n’a pas été tout dépensé et seulement cinq personnes ont fait le déplacement. « Nous avons demandé au gouvernement pourquoi il n’a pas fait voyager les deux consultants dans les communautés, explique M. Tuyishime, on nous a répondu qu’il était trop tard. »


La durée même de la consultation a été contestée alors que les consultants pressaient l’assistance pour passer au thème suivant et libérer la salle.


Reproches également du côté du sondage, auquel 20 personnes ont répondu complètement et 20 partiellement. Le gouvernement avait chargé la FFT de diffuser le sondage, ce qui a été fait par le biais de son site Internet, des médias sociaux, de courriels et d’une annonce dans les pages de L’Aquilon. Il a été exprimé lors de la consultation que tous les francophones ne sont pas membres de la FFT et que tous n’ont pas Internet à la maison.


La question se pose donc : a-t-on obtenu un échantillonnage significatif? Dans le meilleur des cas, si les 70 personnes ayant participé à la consultation et au sondage sont différentes, l’exercice a rejoint 6 % de l’ensemble de la population de langue maternelle française (recensé à 1170 aux TNO).

Confiance
Au terme de la consultation, où les services en français des ministères de la Justice, de l’Éducation, de la Culture et de la Formation ont aussi été analysés, l’animateur Geoff Dubrow a demandé aux participants comment les francophones et le gouvernement ténois pourraient regagner confiance l’un envers l’autre. « Je n’ai pas la réponse, a avoué le directeur général de la FFT. [...] L’arrière-plan juridique va toujours rester. Il y a de la bonne volonté, mais il faut quand même faire attention pour ne pas se faire avoir. »


M. Tuyishime considère qu’une piste de solution serait de travailler l’offre en français d’un ministère de haut en bas puis de passer au suivant. Il a qualifié la rencontre de « très ouverte », mais aurait aimé pouvoir « s’adresser directement au gouvernement ».


« Les cinq premières années, le gouvernement a été dans un mode réactif, a analysé Geoff Darrow, il doit passer dans un mode proactif, c’est un de nos constats préliminaires. »


M. Darrow a ajouté que leur étude, qui sera accessible ultérieurement, allait recommander des changements, entre autres concernant l’offre active.


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