«Pas sérieux», affirme Jean Chrétien : Gouvernements autochtones totalement autonomes?

16 avril 1999
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Avec la création du Nunavut, tout porte à croire que le gouvernement fédéral démontrera désormais une plus grande ouverture d'esprit à l'égard des différents groupes autochtones du pays.

Qu'en est-il de la situation à l'ouest des territoires?

L'autonomie gouvernementale des nations autochtones des Territoires du Nord-Ouest n'est pas chose faite si on en croit la récente déclaration du premier ministre, Jean Chrétien, lors d'une conférence de presse tenue à Iqaluit durant la semaine des festivités qui ont marqué la création du Nunavut.

«Je ne pense pas que ce soit une question sérieuse à ce moment-ci. Je crois que Yellow-knife peut très bien faire seule toute l'administration de la vallée du Mackenzie», a expliqué à L'Aquilon le premier ministre, Jean Chrétien.

Un chef de la nation dénée du Deh Cho, Tim Lennie, ne semble pas, quant à lui, étonné d'une telle attitude de la part du premier ministre.

«M. Chrétien a encore la mentalité des temps anciens alors qu'on souhaitait assimiler les autochtones sans leur donner la chance de bâtir leur propre gouvernement», explique-t-il.

Ce ne sont toutefois pas toutes les huit nations autochtones de l'ouest qui revendiquent une autonomie gouvernementale à l'image de celle du Nunavut.

Par contre, la nation dénée du Deh Cho fait partie de celles qui négocient l'obtention d'un gouvernement autonome qui dirigerait son propre territoire.

«Nous voulons quelque chose de similaire au Nunavut; c'est-à-dire un gouvernement qui aurait juridiction sur son territoire, ses ressources et qui aurait sa propre constitution. Pour l'instant, le fédéral emploie comme argument qu'il ne peut assumer les coûts nécessaires à l'établissement d'un tel gouvernement», ajoute le chef Lennie.

Pour un autre chef de la nation dénée du Deh Cho, Ernest Cazon, la déclaration de M. Chrétien pourrait s'expliquer.

«Avec la guerre qui se poursuit au Kosovo, je crois que le premier ministre en a beaucoup dans son assiette présentement et les questions autochtones ne font peut-être pas partie de ses priorités», a-t-il indiqué.

Toutefois, la déclaration de M. Chrétien concorde avec la vision du gouvernement territorial qui aimerait voir s'établir un système de partenariat entre des administrations autochtones régionales et une administration centrale établie à Yellowknife.

«Ce que Yellowknife entrevoit c'est un gouvernement central fonctionnel et abordable qui travaillera en partenariat avec les administrations régionales autochtones (...) Nous ne croyons pas que ce soit financièrement réaliste de créer plusieurs gouvernements parallèles à l'intérieur des Territoires», souligne une représentante du ministère des Affaires autochtones des T.N.-O., Sue Enge.

Pour sa part, un autre chef de la nation dénée du Deh Cho, Karen Thomas, considère que les négociations de son groupe semblent vouloir progresser.

«Compte tenu qu'il y a de nombreuses personnes qualifées dans le Deh Cho qui travaillent à l'obtention d'un gouvernement autonome et que la réponse du ministère des Affaires indiennes et du Nord canadien est positive, je crois que nous aurons du succès», explique-t-elle.

Par contre, avant d'en arriver là, la nation dénée du Deh Cho devra se trouver un chef négociateur pour ensuite pouvoir passer à la table des négociations. «Heureusement, en tant qu'ancien chef de la Nation dénée, le premier ministre des Territoires, Jim Antoine, est très ouvert et compréhensif envers les revendications des nations autochtones», conclut le chef Lennie.