Les jeunes dénés se questionnent : Gazoduc dans la vallée du Mackenzie

25 juin 2004
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Gazoduc dans la vallée du Mackenzie Les jeunes dénés se questionnent Ce n’est pas tout le monde qui est en faveur de la construction du gazoduc dans la Vallée du Mackenzie. À l’instar de leurs parents dans les années 1970, les jeunes Dénés veulent soulever leurs préoccupations sur le sujet. Simon Bérubé Ils sont une trentaine et, l’année dernière, ils ont formé la Dene Youth Alliance (DYA). Ces jeunes entendent sensibiliser les Autochtones et les non-Autochtones sur les connaissances traditionnelles et les lois de la nature en relation avec le développement et la mondialisation. « Ces jeunes se sont rassemblés et ont dit que leurs aînés ne sont pas écoutés et que leurs voix ne sont pas entendues. Donc, le but de la DYA est de lier la vision des jeunes et la sagesse des aînés en parlant de la nature et de la manière avec laquelle on mène notre vie », explique Jenn Sharman, une non-Autochtone qui est membre de l’organisation. « La DYA n’est pas seulement pour les jeunes Dénés. C’est ouvert à tous les jeunes qui partagent ses valeurs », dit la jeune femme de 23 ans qui habite Yellowknife depuis qu’elle en a neuf. L’une des plus grandes préoccupations de Jenn est l’éventuelle construction d’un gazoduc le long de la vallée du fleuve Mackenzie. Relatant la Commission Berger, dans les années 1970, elle se demande ce que sont devenues les voix autochtones qui s’étaient élevées à l’époque. « Nous sommes inquiets du fait que la sagesse et les voix qui ont émané des années 1970 soient oubliées. Nous regardons le projet proposé et nous nous demandons ce qui est différent d’autrefois», dit-elle. Au cours des derniers mois, la DYA a dû prendre une position officielle face au développement du gazoduc. « Nous avons dit que nous étions contre parce que ce n’est pas durable et nous voulons des développements durables. Certains de nos membres pensent, cependant, que de toute façon, le projet ira de l’avant, donc ils se concentrent sur les façons d’obtenir le plus de bénéfices et de réglementer pour que ça crée le moins de dommages possible », fait-elle savoir. Cette dernière ne manque d’ailleurs pas d’arguments pour questionner la valeur du méga-projet. Arrivant d’un atelier sur le pétrole et le gaz naturel à Calgary, Jenn Sharman dit avoir vu, de première main, les effets d’un tel développement sur une petite communauté autochtone. « Tout ce que j’y ai vu menait à la création de plus de problèmes sociaux et était dommageable pour l’environnement », dit-elle. « La banque mondiale a dit, le mois dernier, que 50 % des compagnies pétrolières sont accusées d’abus sur les droits de la personne dans les pays en voie de développement. Si une compagnie est accusée d’abus sur les indigènes d’Afrique ou d’Amérique du Sud, alors pourquoi laisser une entité comme ça dans notre communauté, alors qu’elle blesse des gens et la planète. Faire ces liens entre le local et le mondial est important aussi », dit-elle. Mais est-il encore possible, en 2004, que la jeunesse soit entendue? « Je ne suis pas certaine que nous serons moins écoutés que dans les années 1970. Je pense que les jeunes ne se sont pas fait demander leur opinion jusqu’à maintenant. J’espère vraiment que nous pourrons avoir un dialogue respectueux où les jeunes peuvent vraiment être engagés dans un processus qui inclut les sagesse des aînés comme fondement », dit-elle. La DYA tiendra d’ailleurs, au début juillet, un sommet qui réunira entre 60 et 80 jeunes et aînés, à Fort Simpson. L’ancien premier ministre des TNO, Stephen Kakfwi, était une voix forte de la jeunesse dénée des années 1970. Aujourd’hui, M. Kakfwi est en faveur de la construction du gazoduc. Ce dernier croit que les jeunes auront l’occasion de se faire entendre sur le sujet. « Quand j’étais premier ministre, j’ai reçu la direction, de la part des leaders, d’aller de l’avant avec le gazoduc et d’en négocier les conditions. Quand nous avons commencé, en janvier 2000, le gazoduc de l’Alaska était considéré comme étant en avance de trois ou quatre ans sur celui du Mackenzie. Et maintenant, nous pouvons dire que nous aurons un gazoduc », dit-il, ajoutant qu’il appuie toujours le projet, mais que les Autochtones doivent en voir les bénéfices « Nous devons regarder ce que nous avons fait de bien depuis quatre années et demie, afin qu’il y ait des bénéfices substantiels grâce à l’emploi, aux contrats, aux revenus pour les gouvernements ». Stephen Kakfwi voit d’un bon œil la formation d’un groupe de jeunes Autochtones préoccupés par ce qui se passe dans le Nord. « Les TNO et les Autochtones ont passé à travers une véritable renaissance en matière de changement social et culturel. J’appelle ça une révolution. Nous avons vu d’importants changements au niveau politique, culturel et économique et la situation des TNO a changé. La jeunesse a toujours été à l’avant-plan de ça. J’ai commencé quand j’avais 23 ou 24 ans et j’en ai maintenant 53. J’ai toujours fait partie du leadership des communautés. Aujourd’hui, nous sommes des pères et des grands-pères et nous approchons de la retraite. Nous avons donc besoin de nouveaux leaders pour continuer et regarder notre avenir », dit-il. Parmi les défis se dressant devant l’actuelle jeunesse, M. Kakfwi entrevoit le maintien de la culture dénée et autochtone. « Il faut trouver des façons de retrouver la langue et de maintenir nos valeurs culturelles comme l’attachement à la terre et continuer à se célébrer comme peuple unique et spécial en ce monde », dit-il. Comme deuxième défi, Stephen Kakfwi croit que les leaders de demain devront trouver des façons de vivre dans des communautés « où l’on respecte les gens autour de soi, que ce soit les Métis, les Inuvialuits, les autres groupes dénés, les ténois en général, et la communauté des affaires ». En ce qui concerne le gazoduc, Jenn Sharman dit vouloir comprendre pourquoi les leaders ont choisi d’aller de l’avant avec le projet. « Ils font ces choix parce qu’ils ont l’impression que c’est la meilleure chose à faire pour les gens. En fait, je voudrais en parler davantage avec eux et leur demander pourquoi ils pensent que c’est une bonne chose? », dit celle qui rappelle qu’aucun projet n’a encore été approuvé et que son groupe entend bien se faire entendre lors des audiences publique qui auront lieu sur le sujet. Pour l’instant, cependant, ces jeunes doivent se débrouiller bénévolement, sans financement, pour monter leurs dossiers et présentations.