Chronique de la francophonie : Fier de son identité


Les francophones du pays seront conviés aux Jeux de la francophonie canadienne à l’été 2017. Les Acadiens de Moncton-Dieppe seront « right fiers » de les accueillir. La Fédération de la jeunesse canadienne-française a dû justifier le choix de ce slogan « chiac ».
Je pense à La langue de chez nous, cette magnifique chanson dont Yves Duteil a enrichi le patrimoine musical francophone.
« C’est une langue belle à l’autre bout du monde, sertie dans un étau mais pourtant si féconde, enfermée dans les glaces au sommet d’un volcan », chante le poète.
Ce texte résonne comme un hommage à tous ceux et celles qui, depuis des siècles, s’éloignent du cœur de la francophonie pour vivre aux confins d’un univers dont ils ont eux-mêmes, héroïquement, assuré l’expansion. On les trouve dans ce que l’on appelle le Canada anglais.
Ces voyageurs du temps et de l’espace ont rencontré un autre univers, en expansion lui aussi, celui de la langue anglaise. Il s’infiltre partout, dans l’économie, la politique, les sciences, les arts, la culture, et bien sûr dans le quotidien.
Ces francophones vivent en des lieux inhospitaliers. Ils subissent la morsure de l’étau et en gardent la marque; un accent, des mots, la syntaxe, le ton de voix.
Nous, francophones au pays, sommes différents les uns des autres par la distance qui nous sépare de la langue anglaise. S’éloigner du Québec, de l’Est ontarien ou de l’Acadie du Nord du Nouveau-Brunswick nous frottera à l’anglais jour après jour.
Tous ceux et celles d’entre nous qui ont le bonheur de baigner dans les mots du Littré le doivent à leurs consœurs et confrères exposés à l’adversité. Cette avant-garde est en poste dans l’Ouest, le Nord, le Sud et l’Est du Canada. Véritable coussin protecteur, elle nous gratifie d’une certaine quiétude sans en avoir elle-même le privilège.
C’est aux limites de l’univers francophone que l’on risque l’assimilation, mais c’est là aussi que se dresse la barricade qui protègera les autres.
Je propose deux mots : reconnaissance et fierté. Reconnaissance de la part de ceux et celles qui sont proches du cœur, et fierté pour les autres qui chaque jour, tentent de repousser la déferlante.
J’ai visionné L’éloge du Chiac, ce documentaire de Michel Brault, tourné en 1969. « Vive le chiac! » lance une élève sur les dernières images... comme un défi à quiconque voudrait lui ravir sa fierté et renier son identité.
Je reviens aux paroles de Duteil. On dirait que le vent s’est pris dans une harpe et qu’il a composé toute une symphonie.
Cette symphonie vibre de toutes les cordes de cet instrument céleste. Elle sonne toutes à leur manière, celle de France comme celles qui se sont tendues partout sur notre continent, chacune avec ses harmoniques, de Whitehorse à Port-au-port. Ce grand concert, le chiac ainsi que les autres parlures et accents en font partie.
Nous sommes nombreux dans la francophonie à avoir connu Moncton et Dieppe. On y côtoie des francophones venus d’Afrique, d’Europe, d’Haïti, d’ailleurs en Acadie, du Québec et des provinces de l’Ouest.
Mais avant, il y avait ces Acadiens qui parlaient et parlent toujours le chiac, premiers sur la ligne de front. D’une manière certaine, ils ont accompli quelque chose.
On leur doit d’avoir assemblé les premières brindilles de ce nid que des francophones du monde entier ont choisi pour s’y lover.
Un dernier mot sur notre patrimoine.
Qui n’a pas tapé des mains en écoutant CB Buddie de 1755? « J’ai switché on mon vieux radio »…
« Des boiveux de home brew, des danseux de quadrilles, c’est ça l’monde qu’on connaî »… Un texte de ce grand poète qu’était Gérald Leblanc. Et puis dans Café Robinson de Marie-Jo Thério : « T’es tellement smooth quand t’allumes ta smoke... »
Toutes ces pièces sont l’œuvre d’un peuple qui a osé s’exprimer. Du même coup, il a nourri notre patrimoine musical. Faut-il en dire davantage?

 


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