Santé : Éteindre pour toujours

07 juin 2002
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L’an dernier, le rapport Alerte au tabagisme avait donné un visage aux fumeurs des T.N.-O. Cette année, le plan d’action vise à leur donner une nouvelle allure.

Le ministère de la Santé et des Services sociaux est passé de la théorie à l’action lors de la Journée mondiale sans tabac, le 31 mai dernier. La nouvelle stratégie territoriale sur le contrôle du tabagisme propose des pistes d’action basées sur le rapport Alerte au tabagisme, publié l’an dernier à pareille date.

Le ministère espère mettre un frein à la consommation de tabac aux T.N.-O., qui est la plus importante au pays. Échelonné sur trois ans, le plan prévoit atteindre des résultats concrets, comme la réduction de la vente de produits de tabac de 80 % d’ici 2007 et l’augmentation de 20 % du nombre de fumeurs qui désirent allumer pour la dernière fois.

Le plan se découpe en quatre pôles : la prévention, la protection, la cessation et l’évaluation, qui tous visent à marginaliser la consommation et les consommateurs de tabac. Parmi les principales mesures, le gouvernement veut étudier la possibilité de mettre sur pied une loi territoriale sur le tabac. « Présentement, nous sommes sous la juridiction de la Loi fédérale sur le tabac, qui est principalement axée sur la vente des produits de tabac aux mineurs » , a indiqué André Corriveau, médecin hygiéniste en chef, ajoutant que « certaines provinces ont développé leur propre législation pour dépasser la portée de la loi fédérale et augmenter l’âge minimum légal pour l’achat des produits de tabac. » D’autres provinces ont également, avec une loi sur le tabac, autorisé la confiscation des cigarettes chez les mineurs qui fument dans un lieu public. Un document de travail devrait être rendu public d’ici janvier 2003 sur la question.

Le ministère veut également encourager les communautés à développer un règlement municipal visant à restreindre la fumée dans les endroits publics. L’inclusion de la fumée du tabac comme substance toxique dangereuse dans la Loi sur la santé et la sécurité du travail est un autre des buts à moyen terme que voudrait atteindre le ministère.

« Ce n’est pas un dossier qui peut être résolu par un seul ministère ou organisme, a ajouté André Corriveau, lors de la présentation des directives techniques. Si nous voulons créer un impact significatif sur la consommation du tabac, tout le monde doit intervenir, autant au niveau municipal, que régional, territorial et fédéral. »

Le ministère veut également faire participer les jeunes dans cette stratégie. Le Groupe de travail interministériel sur le tabac, créé en 1999, prendra sous son aile des jeunes des communautés autochtones dès la fin de l’été. Cette approche vise à réduire le tabagisme dans les petites communautés des T.N.-O. qui, selon les données du rapport Alerte au tabagisme, présentent le plus haut taux de consommation. « Cette relation nous donne un indice sur l’influence de la communauté dans ce dossier, a expliqué le médecin, ajoutant que les facteurs de l’éducation et des dimensions de la communauté ne donnent pas raison à ceux qui croient que c’est un problème typiquement autochtone. Selon André Corriveau, les petites communautés non-autochtones dans les autres provinces font face à la même réalité.

Lors du dévoilement du rapport, l’an dernier, la ministre de l’époque, Jane Groenewegen avait clairement indiqué que l’approche du ministère privilégiait l’angle social plutôt que les mesures législatives. À la lecture du plan d’action, il semble que l’inverse ait convaincu les preneurs de décisions. Pour André Corriveau, il ne peut être question d’aller de l’avant sans une forme ou l’autre de législation. « On pense qu’éventuellement il sera nécessaire d’avoir un encadrement pour cristalliser les gains qui auront été faits initialement i.e. des changements dans le comportement social et l’environnement social. C’est d’ailleurs l’expérience des autres juridictions. »

Même si les intervenants en santé reconnaissent qu’il y a des liens entre la consommation du tabac et les différents problèmes sociaux des communautés du Nord, il « est difficile de déterminer les impacts du stress ou des dépendances combinées que les gens ont avec l’alcool, la drogue et le tabac, a indiqué le docteur. Les gens utilisent le tabac pour plusieurs raisons : à cause de la pression des pairs, mais aussi comme médicament, pour libérer leur stress. »

Le ministère prévoit réaliser un nouveau sondage sur la consommation du tabac cet automne, dont les résultats seront connus au cours des deux prochaines années.

Selon le rapport Alerte au tabagisme, le coût net du tabagisme aux T.N.-O. est évalué à 10 millions de dollars par année. Près de 12 000 personnes, soit 42 % de la population adulte, fument. Dans les petites communautés, près du quart des jeunes de10 à 14 ans fume. Plus de 50 % des jeunes filles de 15 à 17 ans consomment des produits du tabac.