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Entrevue : État de la situation de l’itinérance à Yellowknife

Favori Impression :: État de la situation de l’itinérance à Yellowknife Batiste FoisyBatiste Foisy
Paru le 09 juin 2011
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Ces deux dernières années, le doctorant en politique publique Nick Falvo a mené des dizaines d’entrevues avec les intervenants communautaires de Yellowknife afin de cerner la question de l’itinérance dans la capitale des TNO. Les résultats de ses recherches sont publiés ces jours-ci par le Center for Northern Families et le Canadian Homelessness Research Network. Rencontre.

 

L’Aquilon : D’abord, mettons les choses au clair, vous êtes bien le frère du conseiller municipal Paul Falvo?

Nick Falvo : C’est exact. Je suis le frère de Paul. Et je suis plus jeune que lui aussi.

Pour résumer : ce que vous avez fait, c’est de rencontrer les gens de Yellowknife qui côtoient les personnes itinérantes?

Nous n’avons pas parlé avec les gens qui sont sans-abri à Yellowknife. C’est une décision que nous avions prise dès le début afin de ne pas dédoubler les travaux de Julia Christensen, une chercheure de l’université McGill qui vit à Yellowknife, et qui a déjà mené ce genre d’enquête. Nous ne voulions pas faire la même chose. Pour cette étude, nous avons parlé aux gens qui travaillent auprès des sans-abri, nous avons parlé avec des employés du gouvernement des TNO, aux membres de la Yellowknife homelessness coalition, à la GRC, bref aux gens qui composent avec cette réalité.

Et le résultat, qu’en est-il? La situation de l’itinérance à Yellowknife est elle grave?

Je crois que oui. Les études concernant le nombre d’itinérants ne sont pas très courantes au Canada. Mais les études qui existent tendent à démontrer que le taux d’itinérance à Yellowknife est beaucoup plus élevé que dans le reste du pays. À Yellowknife, 5 % de la population va avoir recours à un refuge pour sans-abri au moins une fois dans l’année, alors qu’en général, c’est autours de 1 % dans de grandes villes comme Toronto ou Vancouver. C’est donc un taux cinq fois plus élevé.

Et ces chiffres-là, montrent-ils toute l’ampleur du phénomène?

Non. C’est difficile d’obtenir des chiffres complets. La statistique concerne seulement la fréquentation des refuges. Or, surtout en été, il y a des gens qui dorment à l’extérieur dans des campements. Il y a aussi des gens qui passent la nuit au poste de police ou à l’hôpital.

Dans votre rapport, on note que, chaque soir, une quinzaine de personnes se retrouvent en cellule de dégrisage au poste de police de Yellowknife. Est-ce raisonnable de penser qu’une partie d’entre eux seraient des personnes susceptibles de venir gonfler les statistiques d’utilisation des refuges?

Exactement. La GRC n’a pas de nombre précis quant aux gens qu’elle admet chaque année qui sont sans-abri, mais elle estime que c’est environ la moitié.

Et ces sans-abri, qui sont-ils? Quel est le profil?

On estime qu’entre 90 et 95 % de la population itinérante de Yellowknife est d’origine autochtone. On croit qu’un bon nombre d’entre eux ont des problèmes de santé mentale, que beaucoup d’entre eux consomment de l’alcool et des drogues avec excès. On pense que la majorité sont également issus des communautés périphérique de Yellowknife.

Les ressources maintenant. Il semble y avoir beaucoup d’endroits à Yellowknife pour recevoir des sans-abri. Est-ce que c’est suffisant?

Non. Par exemple, à l’Armée du Salut, les hommes doivent dormir avec seulement un pied d’espace entre chacun d’eux. Alors ils sont très tassés. Et ça cause des problèmes. Par exemple, il y a quatre ans, 14 cas de tuberculose ont été diagnostiqués à Yellowknife. Or, chacun de ces cas étaient des gens qui avaient séjourné à l’Armée du Salut dans ces conditions. Ça démontre le coût social qui est associé avec le manque de place en refuge ou en maison de transition. […] Au Centre for Northern Families, où les femmes sans-abri sont logées, c’est la même situation : il y a trop d’usagers pour l’espace disponible.

Au chapitre de la santé publique, votre rapport fait état d’insuffisances, notamment en matière de programme d’échange de seringues. Y a-t-il des usagers de drogues par injection intraveineuses aux TNO?

Oui, il y en a. Parmi la population itinérante, c’est définitivement une réalité qui est observée. Mais le gouvernement des TNO ne cherche pas à connaître le phénomène. Il n’existe aucune étude détaillant les substances employées par les sans-abri de Yellowknife et leur mode de consommation. Alors, sans cette information, c’est impossible pour l’État de développer des réponses, parce qu’on ne sait pas exactement quel est le problème. Donc, ce que recommande le rapport, c’est de mettre en place une initiative pour obtenir cette information. […] Pour ce qui est de l’échange de seringues, un programme existe apparemment depuis 20 ans aux TNO, mais la majorité des sans-abri n’en ont jamais entendu parler, ou n’ont jamais vu les dépôts. C’est un problème.

On dit que l’alcool est un problème important chez les sans-abri et, en conséquence, que certaines des ressources à leur disposition, je pense à Bailey House entre autres, exigent la sobriété de la clientèle. Vous apportez des bémols à cette approche?

La sobriété, c’est la solution idéale, mais c’est aussi une solution qui n’est pas très réaliste pour beaucoup de sans-abri. En fait, pour la majorité des sans-abri de Yellowknife, il est irréaliste de croire qu’ils atteindront un jour la sobriété. Alors Bailey House fonctionne très bien pour une certaine catégorie de gens, mais pas pour tous. Il faut des options de logement pour toutes les catégories de gens.

On fait quoi alors? On ouvre une maison de débauche?

Il y a des initiatives intéressantes du côté de l’Ontario, à Toronto, à Ottawa et à Hamilton. L’idée, c’est de réduire les problèmes de santé liés à la consommation d’alcool. Souvent, les sans-abri n’ont pas les moyens de se procurer des alcools de meilleure qualité, disons du vin, alors ils se procurent des produits qui ont un effet similaire mais qui sont beaucoup plus dommageables pour leur santé. On a donc ouvert des établissements où, sous la surveillance de personnel médical, on offre des consommations de vin à un dosage contrôlé. Ça marche très bien à Toronto et à Ottawa et il y a des articles dans les revues médicales qui font l’éloge de ces programmes.

Pour terminer, une des recommandations principales de votre rapport est d’impliquer directement les organismes sans but lucratif, la société civile, dans la mise en place des politiques territoriales en matière d’itinérance. Pensez-vous que les organismes de charité comprennent mieux la situation que le gouvernement?

Je crois que oui. Les membres de la Yellowknife Homelessness Coalition sont très dévoués. Et je crois que lorsqu’une décision est prise concernant la question de l’itinérance à Yellowknife, il faut que cela soit développé en consultant la Coalition. Et la plupart du temps, c’est ce qu’on fait. Mais récemment, il y a eu une occasion où une décision a été prise sans que la société civile n’ait été consultée [la création d’un centre de jour sous l’hospice de la John Howard Society, NDLR], et je pense qu’il s’agit d’un précédent dangereux. Les membres de la coalition sont les experts, il faut respecter leur jugement.

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