Espèces menacées: Des poissons examinés de très près

19 décembre 2008
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Marie-Julie Roux habite à Yellowknife. Elle a été embauchée par Pêches et Océans Canada en tant que postdoctorante pour étudier un poisson extrêmement rare dans le Nord canadien : le Dolly Varden anadrome, appelée « char » en anglais. Pour Pêches et Océans Canada, ce poisson est défini comme un omble de rivière. Il existe seulement dans quelques systèmes fluviaux à l’ouest des TNO et au nord du Yukon. Il figure parmi les poissons pêchés traditionnellement par les Inuvialuits et les Gwich’ins. « Autrefois, on croyait que c’était de l’omble chevalier, mais on s’est rendu compte qu’à l’ouest du Mackenzie, c’est une espèce unique », reconnaît Mme Roux. Une étude publiée par le ministère a montré que la population de cet omble semblait stable voici une vingtaine d’années. Mais il semblerait qu’elle soit en passe de devenir rapidement une espèce menacée. La pêche traditionnelle de ce poisson n’expliquant pas à elle seule ce qui apparaît comme un déclin rapide.

« C’est une espèce très sensible qui existe en espèce anadrome », explique Mme Roux. Anadrome est le terme utilisé pour désigner les poissons qui vivent habituellement en mer, mais qui remontent les cours d’eau pour pondre leurs œufs. « Ce poisson s’alimente en mer l’été puis il remonte les rivières en hiver, se dirigeant vers des sources d’eau chaude où l’eau ne gèle jamais. Ce poisson remonte une partie du fleuve Mackenzie. »

Six groupes de population d’ombles de rivière fréquentent six territoires identifiés entre le Yukon et les TNO, ces derniers hébergeant la moitié des populations d’ombles de rivière. « On observe un déclin de ces populations depuis les années 1980, poursuit Mme Roux. J’ai été engagée pour récupérer toutes les données qui existent sur ce poisson afin de dresser un profil. Il sera possible de voir si la population continue à se reproduire ou si elle doit être répertoriée dans la liste des espèces en péril. » Selon Mme Roux, les ombles de rivière sont extrêmement sensibles aux modifications environnementales. Si des changements d’écosystèmes sont relevés dans les habitats de ces poissons, il faut savoir s’ils sont tout de même capables de proliférer.

Avant d’obtenir ce contrat avec le ministère, Mme Roux a travaillé pendant ces six dernières années sur une thèse de doctorat pour l’Université Memorial de St John, à Terre-Neuve. Les poissons figuraient déjà parmi les acteurs principaux de cette recherche, concernant la bio-accumulation de mercure dans des lacs isolés du Labrador. « J’ai travaillé pendant deux étés pour faire des échantillonnages dans des lacs autour de Sheshatshiu, explique-t-elle. Dans les hautes latitudes se pose le problème des dépôts de contaminants, qui sont transportés par voie atmosphérique avec les vents dominants de l’ouest. » Lorsque ces vents rencontrent des masses d’air froid, des précipitations se produisent. Le mercure, contenu dans les eaux de pluie, se dépose dans les lacs et s’accumule dans les organismes vivants. « Plus on s’élève dans la chaîne alimentaire, plus on trouve de contaminants. Les plantes sont mangées par les herbivores qui sont mangés par les carnivores. Les poissons carnivores contiennent plus de mercure que les poissons herbivores. Les poissons consommés par les Innus, comme la truite grise et le brochet, sont les plus contaminés en mercure. »

La mission de Mme Roux était de développer un outil pour gérer cette contamination, comprendre pourquoi et comment elle varie entre les lacs. Ceci afin de doter les Innus d’un outil plus global de repérage des lacs propices pour la pêche et de ceux qui sont trop contaminés.

Cette recherche universitaire était menée à l’échelon du Canada et financée par des fonds du gouvernement fédéral. C’était un projet ponctuel de cinq ans, non renouvelable. Dans les Territoires du Nord-Ouest, l’étude des populations de l’omble de rivière pourrait révéler l’état actuel des écosystèmes dans leurs habitats et, par voie d’extrapolation, les conséquences pour la santé humaine. En janvier 2009, Mme Roux commencera à étudier les populations de l’omble chevalier.