Le gouvernement du Nunavut est toujours sur la bonne voie! : Entrevue avec John Amagoalik à l'AFN

06 février 1998
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Est-ce que le Sommet des leaders politiques du Nunavut qui s'est tenu à huis-clos à Iqaluit en janvier dernier aura défiguré le plan original du nouveau gouvernement tel que proposé par la Commission d Établissement du Nunavut (CEN/NIC) dans ses rapports Footprints 1 et 2? Avant cette rencontre miracle le gouvernement territorial remettait en question le principe de décentralisation prôné par la CEN, NTI pour sa part formait un gouvernement fantôme pour surveiller les agissements de Yellowknife et un peu tout le monde cassait du sucre sur le dos de Jack Anawak le Commissaire par intérim du Nunavut (CI) accusé de se tourner les pouces dans son Igloo d Iqaluit! Pour John Amagoalik, le grand patron de la CEN, il ne fait plus aucun doute que le projet Nunavut est sur la bonne voie et entre bonne main.

"C est vrai qu on est un peu en retard sur l échéancier, précise Amagoalik, mais la nomination du Commissaire par intérim (par Ottawa) s'est faite attendre. Aussi, plusieurs étaient inquiets, parce qu on avait aucun rapport du bureau du CI et qu'on y notait des changements fréquents de personnel. Mais le Sommet d'Iqaluit a tout remis en place. Le CI y a compris qu'il devait se conformer à Footprint.

Dans l élaboration de ce qui va devenir un nouveau territoire canadien, l'acteur principal reste toujours Ottawa. Contrairement à une province qui jouit d'un statut constitutionnel, les territoires canadiens (Yukon, TNO) ne sont que des appendices du Ministère des affaires indiennes et du Nord. C est donc Ottawa qui débourse le nécessaire tant pour subvenir aux dépenses d'opération des gouvernements territoriaux que pour l'établissement du nouveau gouvernement du Nunavut. Au cours de ce sommet, la nouvelle ministre Jane Stewart a remis toutes les pendules à l'heure en reconfirmant la volonté d Ottawa de respecter le modèle de gouvernement décentralisé proposé par la CEN.

"Tout ça va se développer par étape, explique Amagoalik. Au 1er avril 1999, le noyau principal du gouvernement va être installé surtout à Iqaluit, Rankin Inlet et Cambridge Bay et puis ça va prendre 2 à 3 ans avant de tout mettre en place."

Il est assez évident que les 3 partenaires signataires de l'Accord du Nunavut, ne partagent pas les mêmes idées sur ce que sera ce nouveau gouvernement. Yellowknife ne pourrait prôner un style de gouvernement très différent de ce qui existe déjà sans condamner sa propre administration dans l'Arctique de l'Est. Par ailleurs, NTI, l'organisme chargé de faire respecter l'Entente de revendication territoriale des Inuit du Nunavut insiste pour développer une administration beaucoup plus près des besoins et des préoccupations de la population Inuit.

NTI a toujours insisté pour qu'au moins 50% des cadres supérieurs du prochain gouvernement soient recrutés chez les Inuit tandis que le gouvernement territorial se livrait à des mises à pieds importantes dans la région du Nunavut qui touchaient principalement des employés inuit. Aussi NTI suggérait de réévaluer le travail des fonctionnaires territoriaux avant de les accepter dans la nouvelle fonction publique du Nunavut. Le GTNO s'y opposait énergiquement alléguant le respect des contrats de travail de ses employés.

Or au sortir de ce Sommet d'Iqaluit tout semble baigner dans l'huile. "Ce n est pas très clair pour le moment si le prochain gouvernement sera très différent ou très semblable au GTNO, de commenter Amagoalik, ça va dépendre des gens qui seront élus à la nouvelle Assemblée législative. Au point où on en est, c' est très difficile à dire. Mais le processus ne s'éloigne pas des principes de la démocratie.

John Amagoalik a rappelé que l'objectif à atteindre de 50% de cadres Inuit dans l'administration gouvernementale était partagé par tous les participants. "En réalité il s'agit d'un projet à long terme qui peut prendre 15 à 20 ans. Nous n avons pas besoin de paniquer là-dessus!" a lancé celui qu'on se plaît à nommer le père du Nunavut.

Selon le leader inuit, un travail important d'éducation populaire doit être entrepris pour sensibiliser les gens à ce qu'est un gouvernement, une démocratie ou encore le fonctionnement d'une bureaucratie.

Daniel Cuerrier de l Association francophone du Nunavut qui participait à la rencontre a demandé à John Amagoalik s'il prévoyait la nécessité d'une loi spéciale votée par la prochaine Assemblée législative sur l'utilisation de l'Inuktitut au Nunavut.

"On ne peut pas toujours contraindre la volonté des gens par des lois. Une législation linguistique n'est peut-être pas la meilleure façon de procéder. Par exemple, au Québec on a commis des erreurs comme la police de la langue. On ne veut pas de ça ici. C'est très délicat. La question de la langue pourrait vraiment diviser les gens! On voudrait que tous les citoyens du Nunavut se sentent chez eux. Si dans 50 ans la langue et la culture inuit survivent encore et qu en plus on ait réussi à générer de l'emploi, alors je serais très heureux!" a conclu Amagoalik avec un grand sourire.