Éditorial : Enfin un peu de chair...

04 février 2016
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Enfin un peu de chair...

Les commentaires récents de deux représentantes de l’Organisation des Nations Unies au sujet des femmes autochtones disparues ou assassinées ont touché juste. En effet, ces deux représentantes estiment primordial que la future commission d’enquête sur les femmes et les filles autochtones disparues ou assassinées prenne absolument en compte les racines profondes de cette violence, à commencer par les facteurs socio-économiques.
Depuis que cette notion de création d’une commission d’enquête circule, on entend bien des formules creuses qui ne me convainquent pas du tout de l’importance de la créer. Après tout, j’ai été témoin de deux commissions extrêmement révélatrices sur la situation périlleuse des peuples autochtones et je suis convaincu que la nouvelle commission d’enquête ne saura pas identifier de nouvelles causes à la base de la violence vécue par les membres des Premières Nations, hommes et femmes.
Conditions socio-économiques! Voilà un bien grand terme qui englobe une multitude de situations de vie des Autochtones. On le sait, plusieurs jeunes autochtones vivent dans la pauvreté. En fait, ils ont vécu dans la pauvreté toute leur vie. À peine sortis de l’adolescence, ils se retrouvent déjà avec une famille à leur charge, sans emploi, sans éducation et ils vivent souvent dans des habitations surpeuplées. Même avec une éducation passable, les occasions d’emplois sont souvent rares dans leurs villages et, avec leurs enfants, ils ont besoin de leur famille immédiate pour les aider, il est donc impossible pour eux de quitter le village dont ils sont prisonniers.
Quant à la notion de racines profondes de la violence, il faut ajouter à ces conditions socio-économiques les séquelles psychologiques directes des écoles résidentielles chez les plus vieux et les séquelles psychologiques infligées aux plus jeunes par ces plus vieux.
Le drame de La Loche il y a trois semaines est un bon exemple de la violence qui afflige les Autochtones. Trois hommes et une femme ont été assassinés. Lorsqu’on s’attaquera aux racines profondes de la violence faite aux femmes autochtones, on s’attaquera aussi à la violence faite aux hommes autochtones.
Je répète ma crainte au sujet d’une commission d’enquête : c’est bien beau de se payer des salaires à faire de la recherche pour se faire répéter ce que l’on sait déjà, mais je crois que cet argent serait plus approprié pour mettre en œuvre des actions directes s’attaquant aux racines profondes de la violence.