À droite de la rue principale, le bleu de la mer tranche avec la blancheur
des glaces. Deux kilomètres et demi à l'est de Sanirajak, la mer vous
accueille. Sauvage, elle s'empare de morceaux de glaces qu'elle arrache et
transporte vers le nord. Au loin, quelques morses se prélassent sur des
îlots flottants. Les yeux du visiteur se plissent, aveuglés par la
luminosité.
À gauche de la rue principale, la toundra et le petit cimetière avec ses
quelques croix, seul signe de vie émergeant d'un univers enneigé plus de
neuf mois par année. Sous l'effet des chauds rayons du soleil, tout fond
doucement et les jeunes pédalent dans la neige et la boue, en essayant (!)
d'éviter les trous d'eau, qui peuvent atteindre plusieurs mètres de
longueur !
La vie semble paisible, mais la prudence est de mise. La semaine dernière,
un nanook est venu rendre visite aux habitants de Sanirajak. L'animal
mythique du grand nord canadien, l'ours polaire, est intéressé par l'odeur
des phoques, chassés en permanence. D'ailleurs, ceux qui ne sont pas à la
danse du vendredi soir se préparent à patienter sur le bord des glaces, à
l'affût de phoques.
Sous le soleil de minuit, quelques enfants courent pendant que leurs
parents préparent les kamuttit (kra-mou-tik), ces grands traîneaux en bois
qui servent à mettre les armes, les vivres et quelques peaux et qui
zigzaguent à l'arrière des motoneiges. Une fois les préparations terminées,
c'est le départ vers la mer. Des phoques ont été aperçus au nord-est de la
communauté. Les chasseurs partent pour ne revenir qu'au petit matin.
Le lendemain, la chasse a été bonne pour quelques-uns, dont Salomon
Tagornak, qui a tué au harpon un petit phoque. La peau de l'animal servira
peut-être à fabriquer des pantalons en peau de phoque, populaires pour leur
imperméabilité. Quant à la viande, elle est déjà digérée ! Le phoque a été
dégusté sur place. Dans la communauté de Sanirajak, les habitants doivent
respecter des quotas annuels de chasse, soit quatre morses par personne et
six ours polaires pour l'ensemble de la communauté.
Certains jeunes accompagnent la famille lors de ces sorties
traditionnelles. Pendant que certains chasseurs guettent une tête noire,
fusil pointé vers la mer, d'autres discutent en inuktitut en chiquant de la
gomme balloune saveur melon d'eau et en sirotant un coke ou un café avec du
bannock. Ainsi va la vie dans la communauté de Sanirajak, où le contraste
est maître et roi. La vie traditionnelle se marie avec la modernité. On
visite des amis, on se promène à bicyclette dans la neige, on écoute la
télévision pendant quelques heures et on chasse le phoque au harpon !
Ici, le temps s'arrête et n'a plus la même signification. Vous êtes à
l'heure inuit.