Eau potable : Des priorités qui ne coulent pas de source

01 octobre 2015
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Ashley Rivers, le superviseur de la station de pompage, se tient entre les deux conduits qui font l'essence même de l'usine de traitement. Celui de l'eau pompée qui se dirige vers le système de filtration et celui de l'eau filtrée qui en ressort. (Crédit photo : Maxence Jaillet)

Ashley Rivers, le superviseur de la station de pompage, se tient entre les deux conduits qui font l'essence même de l'usine de traitement. Celui de l'eau pompée qui se dirige vers le système de filtration et celui de l'eau filtrée qui en ressort. (Crédit photo : Maxence Jaillet)

La nouvelle usine de traitement des eaux de Yellowknife est à la pointe de la technologie. Son système de filtration retient des particules d'un micromètre, elle possède de l'espace supplémentaire pour accommoder 10 000 autres résidents à Yellowknife et le traitement effectué à l'eau de javel présente moins de risque à la population que l'utilisation du Chlore. Le problème de la ville de Yellowknife et de ces résidents, c'est ce qu'il y a en amont et en aval de l'usine.

En amont, ce sont 8 km de conduite qui transporte l'eau pompée à l'embouchure de la rivière Yellowknife. Cette conduite sous-marine installée en 1968 doit être remplacée dès 2020. Elle est trop petite pour l'efficacité de la nouvelle usine et sa piètre condition ne répondra bientôt plus au cahier des charges. Si les chiffres estimés en 2011 étaient de 10 millions de dollars, en 2015, le remplacement de cette conduite s'élèverait à 20 M$. Les frais d'exploitation et ses coûts de manutention seront de 250 000 $ par année.
La ville de Yellowknife a déjà pompé de l’eau directement de la baie qui l'entoure. Avant 1968, bien sûr, mais aussi plus récemment, pour l'étude d'une alternative à la source de la rivière Yellowknife. Chris Greencorn, directeur des travaux publics de la capitale, assure que les tests ont prouvé que l'eau traitée de la baie était de même qualité. Il reste que la rivière Yellowknife est située en amont du site contaminé au trioxyde d'arsenic de la mine Giant, alors que la baie absorbe les affluents miniers, tels que le ruisseau Baker. Un fait qui ne relève pas du bémol, selon l'opinion publique. Greencorn allègue que des installations pour traiter l'eau de la baie au cas où il y aurait des déversements d'arsenic peuvent être installées rapidement au sein de la nouvelle usine pour un coût approximatif de 5 M$ (alors que le changement de conduite nécessiterait deux saisons de construction). Le coût annuel d'exploitation et de maintenance ne serait pas moins de 80 000 $. Selon M. Greencorn, d'un point de vue purement financier, l'utilisation d'un système de traitement de l'arsenic pour l'eau de la baie est la solution la plus « saine ». AECOM, la société qui a participé à l'élaboration du nouveau système de traitement recommande également le pompage dans la baie de Yellowknife. Les deux options sont sur la table, et Chris Greencorn répond nonchalamment que « ce sera au prochain conseil municipal de trancher la question ».

En aval
La ville estime qu'il en coûte 3,65 $ pour produire un mètre cube (1 000 l) d'eau potable avec cette nouvelle usine de traitement, ce qui constitue une augmentation de 12 % par rapport au frais d’exploitation de 3,26 $ en vigueur avant la construction de la nouvelle installation. Grâce à l'efficacité de cette station et de ses réservoirs, ce sont 3 millions de mètres cubes d'eau potable qui seront produits chaque année.
Si l'administration de Yellowknife reconnait que les pertes d'eau potable varient selon les années, la capitale admet qu’environ 30 % de son eau traitée est perdue. Les raisons mentionnées par la ville sont entre autres : l’utilisation illégale, l'irrigation, les bris de tuyaux, l'utilisation contre les incendies. Ainsi 10 950 000 $ seront investis par année pour traiter le volume d'eau total de la ville de Yellowknife. Peut-être utilisé, peut-être gaspillé... 30 % du volume représente 3 285 000 $ perdus par année : 3 M$ pour une eau qui n'est pas achetée, mais indéniablement taxée. Selon Scott Gillard, le superintendant de la ville, les conditions climatiques des Territoires sont un énorme facteur de la dégradation du système d'aqueduc. Incidemment, des fuites d'eau surgissent à l’occasion entre les différentes stations de pompage et les résidences avoisinantes.
La sécurité est l’autre priorité de cette nouvelle station de traitement de 30 M$ qui se situe sur le flanc est de Tin Can Hill. Selon les fonctionnaires municipaux, c'est principalement pour des questions de sécurité que le bâtiment est si fortement éclairé dès que la nuit tombe accompagnée de son ballet d'aurores boréales.