Festival du film international : Marie-Hélène Cousineau : Des liens à bâtir

26 septembre 2013
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Les deux réalisatrices, Madeline Ivalu et Marie-Hélène Cousineau. (Photo Copyright Arnait Video Productions Inc.).

Les deux réalisatrices, Madeline Ivalu et Marie-Hélène Cousineau. (Photo Copyright Arnait Video Productions Inc.).

Découverte de l’Autre, découverte de soi peut-être, en tout cas c’est à se trouver que nous convient Madeline Ivalu et Marie-Hélène Cousineau lors de Uvangu. Leur long-métrage de fiction ouvrira le Yellowknife International Film Festival, mardi le 1er octobre à 19 h.
Les films signés par deux personnes sont choses rares, et c’est encore plus singulier lorsqu’elles appartiennent à deux cultures différentes, comme ici Madeline Ivalu et Marie-Hélène Cousineau. Elles ont pourtant déjà coréalisé quelques œuvres, dont Le jour avant le lendemain, une fiction, qui a remporté plusieurs prix dont celui du meilleur film au Annual American Indian Film Festival de San Francisco en 2008. Les deux femmes jouent un rôle primordial dans le développement d’une industrie cinématographique inuite basée à Igloolik, avec pour pierre d’assise la Arnait Video Productions, une coopérative dont les protagonistes touchent à toutes les facettes du métier.

Des liens à bâtir
L’énoncer, c’est friser le pléonasme, mais bon, le synopsis d’Uvanga se résume à peu d’actions... qui n’en sont pas moins paradoxalement lourdes de sens. Anna, une femme de Montréal, a eu une aventure à Igloolik avec un Inuit. À la mort de ce dernier, 14 ans plus tard, elle y retourne avec Tomas, le fils né de cette aventure, à la rencontre et à la découverte de la famille de son père. Uvanga [moi-même en inuktitut], un film sur le choc des cultures, la construction de l’identité? « Oui, acquiesce Marie-Hélène Cousineau, mais aussi sur la découverte de l’Autre, et le processus que l’on fait en tant qu’être humain pour découvrir cette autre personne devant soi, qui, dans le cas présent, vit dans des conditions assez différentes. Ce qui est intéressant ici, c’est que les gens que découvrent Anna et Tomas sont aussi des gens de leur famille. Mais le lien est à construire puisque la famille, ce n’est pas simplement quelque chose qui est donné biologiquement, c’est aussi une construction sociale. Tomas et Anna devront donc apprendre à se débrouiller dans ce lieu, avec des gens à découvrir, des gens qui les accueillent et qui eux aussi doivent découvrir ces étrangers de leur famille. »

Tournage
Tourné à Igloolik en anglais et en inuktitut, Uvanga est présenté comme un film d’acteur. Paradoxalement, comme dans maintes productions d’Arnait, il mettait en scène plusieurs non-comédiens, à commencer par Lukassi Forest, un adolescent de Kuujjuaq (Nunavik) Québec. Comment gère-t-on un tel plateau? « Il y a une forte vie communautaire à Igloolik, répond Marie-Hélène Cousineau, et, depuis 25 sinon 30 ans, beaucoup de gens y ont joué dans des films ou des séries télés. C’est un centre de production important. Alors les gens ont de l’expérience et ils s’entraident. Il y a de la solidarité dans le jeu. » La coréalisatrice souligne aussi la contribution de la comédienne Marian Farley (Les Rescapés), qui a été généreuse de son temps et a collaboré à nombre de répétitions. Parmi les non-comédiens du film, Carol Kunnuk, qui occupe plusieurs fonctions chez Arnait, dont celle, récente, de réalisatrice. Pour un de ses premiers rôles au cinéma, elle interprète le personnage de Sheba et la qualité de son jeu a été une grande révélation pour Marie-Hélène Cousineau.
C’est L’Aquilon qui a appris à la réalisatrice que son œuvre ouvrait le Yellowknife International Film Festival, chose dont elle s’est dite très honorée. Uvanga n’a été jusqu’à présent diffusé qu’à Sudbury et Igloolik. « Madeline Ivalu avait un peu peur de la réaction des gens d’Igloolik, de dire Marie-Hélène Cousineau. C’est la première fiction qu’on fait dans la contemporanéité. Notre long-métrage précédent était un film historique qui se passait vers 1850. Mais les gens ont été très contents, ça riait, ça pleurait. C’est bien pour les gens d’Igloolik de voir Igloolik dans un film, de voir ses maisons et ses habitants. »