Enfin, je peux me permettre d'utiliser le « je » dont l'usage est interdit
aux journalistes ! Je ne suis plus journaliste, mais seulement une jeune
femme qui n'aime pas les adieux, préférant vous laisser ces mots.
Voilà maintenant 20 mois que j'écris chaque semaine pour le Souffle
francophone des Territoires du Nord-Ouest, de son surnom L'Aquilon.
Certains me connaissent, d'autres n'ont jamais lu mon nom, plus intéressés
par le contenu que par l'auteur !
Peu m'importe, puisque moi, j'ai appris à vous connaître. Des êtres à la
fois beaux et laids, comme moi d'ailleurs.
Le Grand Nord attire les extrêmes, de la grande passionnée à la grosse
brute. La planète Nord réunit une faune colorée, mais un peu trop sauvage
parfois.
Sauvage parce que certains ne se laissent pas facilement apprivoiser,
attendant de voir si l'animal restera en cette contrée isolée. Pourquoi ne
pas ouvrir les portes de la tanière ? Pourquoi se priver de rencontrer des
gens formidables ?
La vie est COURTE, il faut profiter de ce qu'elle nous offre, la regarder
avec des yeux de loup, perçants et perspicaces.
Un mot sur la francophonie.
Je ne suis jamais sentie aussi fière, mais à la fois aussi déçue d'être
francophone. Ici, certaines personnes vendraient leur âme pour que survive
le français. Des dons de temps sont fréquents pour faire fleurir la langue
française dans le sol rocailleux des Territoires du Nord-Ouest.
Il existe toutefois plusieurs jardins, plusieurs francophonies. Parfois
quand la fleur du voisin est trop belle, plutôt que de le complimenter, on
préfère l'arracher en douce. Pourquoi ? Je vous le demande. Je n'attends
pas de réponse, je vous invite simplement à prendre le temps de réfléchir.
La francophonie canadienne ne sera jamais forte si les francophones ne
cessent de s'entredéchirer. Et que dire du Québec, cette province qui m'a
vue naître. Plusieurs la perçoivent comme le mouton noir. Il s'agit plutôt
d'un mouton qui ignore ce que fait le mouton voisin. Valoriser les échanges
avec le Québec pour lui faire découvrir les multiples visages de la
francophonie, voilà qui ne ferait sûrement pas de tort.
Bon, je m'arrête ici, je n'ai pas envie de m'éterniser sur la francophonie
pour laquelle je vis, travaille et écris depuis plus d'un an et demi. J'ai
besoin d'air.
J'ai envie de sentir d'autres odeurs, de reprendre la route.
« Il faut bouger parce que sans changement, il y a quelque chose qui dort
en dedans ».
Ces paroles d'un ami ont trouvé écho dans mes pensées. Merci Paul. Je
repars, ce ne sera pas la première fois, ni la dernière. À d'autres le
plaisir de découvrir la danse des aurores boréales, la nuit de 19 heures
remplie d'étoiles et les matins où un épais brouillard glacé enveloppe la
ville.
J'emporte avec moi un coin de ciel du Nord, et des souvenirs : une ballade
en traîneau à chiens, mon premier vol en hydravion, des soirées à prendre
un p'tit verre de vin au gré des vagues qui font tanguer les maisons
bateaux et des sourires, des tonnes de sourires de personnes que j'ai
rencontrées durant mon séjour ici. Merci surtout aux sourires des jeunes de
Hall Beach, petite communauté du Nunavut.
Le Nord, mon premier contact avec les peuples fondateurs du Canada, les
Autochtones. On côtoie ici la plus grande misère comme la plus grande joie.
L'humanité.
Je m'envole vers les cieux de l'Asie du Sud-Est, espérant mettre dans mon
baluchon d'autres expériences et poursuivre ma quête pour un monde ouvert,
libre et fier de tous ses habitants.
Merci à toutes les petites étoiles qui ont brillé avec moi sous le ciel
nordique.