Découverte: La cueillette des morilles (…suite)

01 août 2008
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Un brûlé est un habitat particulier. Entre autres, on y revient plein de suie! Et on reste plein de suie pour la durée du séjour, à moins d’être assez courageux pour se baigner dans l’eau encore très froide du Grand Lac. La face et les bras, ça passe bien. Mais pour le reste, personne n’a osé s’essayer!

La faune du brûlé est peu diversifiée, mais abondante. Ici et là des crottins d’orignaux, de lièvre et des pistes d’ours. Il y a beaucoup de nourriture pour ces petits herbivores, toutes ces repousses de feuillus à la bonne hauteur en plus! Hauteur lièvre! Pour vous dire combien il y en a, j’ai partagé le territoire avec quatre d’entre eux une journée, et tout le monde en a vu plusieurs.

Comme plusieurs québécois-es, j’ai une tendance marquée pour la gastronomie! Je me suis donc mise à rêver un peu… Reconnaissante des habiletés de chasseur de Raymond, mon coéquipier Déné, j’ai fait cuire sur le feu de bois de mon imagination un civet de lièvre aux morilles pendant que nous discutions des événements saillants de la journée. Humm. Humm..! J’espérais bien que Raymond ait ce qu’il faut pour en récolter un pour souper!

Jour 3, nous avions prévu que les gars iraient en ville pour vendre les morilles. Dans le Nord, c’est la nature qui décide des déplacements et cette journée-là, pas question. Mère-Nature a plutôt opté pour une journée fraîche pour que nous puissions tous continuer à cueillir et pour que les morilles se conservent. Habituellement, il est préférable de commencer à les faire sécher tout de suite pour éviter les moisissures, mais Chef Pierre nous avait dit qu’il allait tout acheter. « Jamais trop de morilles! » avait-il lancé en souriant, sûr de lui. Alors nous les avons gardées fraîches, puisque la température le permettait.

La journée a été aussi fructueuse que les deux premières. « Environ 65 livres de morilles de plus!» annonce Walter sans cacher sa satisfaction. Le travail commence à se faire sentir par contre; les genoux et les dos sont assez douloureux pour que leur propriétaires émettent quelques mots à leur propos. Rien de critique, mais on n'est plus aussi jeune, c’est confirmé. Encore ce soir, on discute de combien parfait est ce séjour de communion synergétique avec la terre. Même le vent nous rend la vie des plus agréables en soufflant doucement les maringouins. Et les maringouins dans le Nord, ce n’est pas rien!

Mardi, 1er juillet! Calme ce quatrième et dernier jour. Parfait pour le retour! Pendant que les hommes font un voyage de morilles en ville – le bateau est tellement plein, il n’y a pas de place pour d’autres passagers et l’équipement – Linda et moi faisons une dernière cueillette. «Dernière chance d’aller en ville, champignons! Yellowknife, Vancouver, Montréal! Il y a même de la place pour ceux qui veulent partir pour l’Europe ou l’Asie!» s’exclame Linda en ricanant, pensant aux touristes en visite dans la région. Nous avons bien rigolé!

La récolte a été extraordinaire. On s’exclamait à tour de rôle, toujours un peu plus émerveillés par ces moments parfaits que nous offre la vie de temps à autre et par l’abondance. À quatre personnes après quatre jours, nous avions récolté 235 livres de morilles fraîches. Oui, environ 107 kilos!

Chef Pierre n’a évidemment pas tout acheté! Trente livres, il en avait bien assez. Nous avons mis le reste à sécher. Quatre à cinq jours de soleil et de vent, c’est ce qu’il faut pour faire évaporer l’eau que contiennent les champignons. La tâche est simple quand il fait beau, le contrôle de la moisissure est presque assuré. Par contre, quand il pleut, il faut couvrir pour que les morilles ne reprennent pas l’eau qu’elles ont perdue, sinon il faut tout recommencer. En couvrant, on garde le taux d’humidité élevé et il faut surveiller pour qu’elles ne moisissent pas.

La dernière étape dans la préparation des morilles est un séchage rapide à haute température. Pour ce faire, on bourre la truie du séchoir avec du p’tit bois pour faire monter la température à 100 degrés Celsius pour quelques minutes. Ça sent bon le champignon! La chaleur intense tue les œufs d’une espèce de papillon qui pond sur les morilles.

Et voilà pour l’aventure et les rudiments de base d’une cueillette aux morilles. Bonne récolte à vous et que ces moments soient aussi magiques que ceux que nous avons vécus.

Il est possible de contacter Walter au 669-9217 pour obtenir des morilles, de plus amples renseignements ou pour effectuer votre première cueillette.

Caroline a vécu à Yellowknife entre 1992 et 1998. Biologiste de formation, elle a participé à plusieurs études de contamination de poissons et une étude de loup à la tannière (Aquilon, 1992). Elle a aussi coordonné un camp d’été en français pour les enfants francophones de Fort-Smith et Hay-River il y a quelques années.