Débâcle 2008: Les glaces partent et restent !

09 mai 2008
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Qualifiée de sévère, la cuvée 2008 de la montée des eaux de la rivière au foin n’aurait pas pu choisir mieux pour démontrer sa puissance. En plus de l’intérêt justifié des résidents de Hay River, c’est une armada de scientifiques qui s’est posté sur les rives boueuses de la rivière pour étudier minutieusement l’évolution de cette débâcle.

Sous l’initiative de Faye Hicks, professeur au département de génie civil et de l’environnement de l’Université de l’Alberta, caméras vidéo, appareils photo, lasers topographiques et observations aériennes ont permis d’analyser la rivière comme jamais. Ainsi cette étude financée en partie par le conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG), s’est étalée sur une période de plus dix jours. Cet effort conjoint de la ville de Hay River, du ministère des Affaires indiennes et du Nord et des scientifiques de l’Université de l’Alberta a assuré cette année un accès à l’information sans précédent pour tous les Hay riverains.

« Nous avons combiné nos connaissances », raconte Faye Hicks avant de sauter dans un hélicoptère pour mesurer l’ampleur de la stagnation des glaces à l’embouchure de la rivière. « Nous avons collecté des données qui nous servirons pour notre étude mais nous avons voulu les rendre disponibles à tous en alimentant notre site Internet le plus souvent possible. Nous l’avons agrémentés d’images et de faits décrivant l’évolution des masses de glaces, des niveaux d’eau tout au long de la rivière et des inondations affectant l’île de Vale et la Réserve K’atlodeeche ».

Si la chronologie des événements est essentielle à la compréhension de ce phénomène annuel, la dimension visuelle apportée par les photos d’observations aériennes ont vraisemblablement révolutionné la qualité du suivi offert aux intéressés, auparavant cantonnés à suivre la cybercaméra juchée au sommet des 17 étages du seul gratte-ciel en ville. « C’est étonnant la force de cette perspective, clame la scientifique. C’est notre force cette année. Nous allons revenir avec ces moyens pour les deux prochaines années pour étudier le cas de Hay River. Cela nous permet d’assurer la sécurité des résidents mais aussi de bâtir une récolte de données pour nos modèles destinés à mieux comprendre la dynamique des glaces. Par la suite, nous voulons utiliser ces résultats pour aider d’autres communautés au Canada, susceptibles d’être elles aussi inondées. »

Cette année, les premières glaces issues d’une congestion en amont de la rivière ont coulé en fin de d’après-midi le dimanche 4 mai. Le lundi matin après douze heures de fluidité continue, la rivière s’est congestionnée dès le levé du soleil, au niveau des chenaux Est et Ouest entourant l’île de Vale. En matinée, la plaque de glace stagnante qui s’était accumulée jusqu’à la hauteur du club de golf a commencé à se déplacer pour se presser vers l’embouchure. Les résidents du chenal Ouest avaient déjà été prévenus de l’urgence et certains avaient abandonné leur résidence. Le lundi 5 au soir, plusieurs résidents de la vieille ville ont été évacués par les autorités locales, alors que le niveau de l’eau augmentait rapidement. À compter du mardi 6, la congestion a persisté, mais son intensité a diminué peu à peu. Dès le lendemain, il n’y avait plus de glace apparente à la hauteur du centre ville et les congestions vers le delta étaient devenues intermittentes.

« C’est la plus sévère débâcle que j’ai vue depuis les cinq années que j’observe attentivement cette rivière dit Faye Hicks. Il y a juste à remarquer à quelle hauteur certains blocs de glaces ont été déposé, et l'on comprend tout. C’est exceptionnel ! »