Chronique sur la francophonie : De la librairie au bookstore

18 février 2016
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C’est la nuit. La comète de Halley fend le ciel. Des passants tout en silhouette, admiratifs, regardent le spectacle. Une voiture du début du siècle dernier traverse l’image…
Une scène vue dans un livre d’astronomie disponible dans mon voisinage dans les années 60. En français, s’il vous plait! Mes parents m’en avaient fait cadeau pour mes huit ans. La chance a voulu que j’en retrouve, des années plus tard, l’édition revue et mise à jour. Cette fenêtre sur l’univers a traversé un demi-siècle. L’esprit de ce cadeau était d’abord de me présenter le ciel. C’est grâce à la librairie de notre petite ville francophone qu’il était en français. J’ai bien dit une librairie, pas un bookstore!
Si j’y pense, c’est parce que Statistique Canada nous a appris récemment que les jeunes lecteurs en milieu minoritaire penchent beaucoup vers les livres en anglais. À peine le tiers des moins de 18 ans lisent principalement ou exclusivement en français. Mais que faire quand le livre français n’est pas disponible?
Voilà donc venu le moment de se poser ces questions. L’état peut-il à lui seul fournir aux francophones tout l’oxygène nécessaire à la vie? Peut-il leur apporter tout ce que l’âme et l’esprit humains voudront toucher dans leur incessante quête de vérité et de bonheur?
Il est certainement réconfortant de savoir que le gouvernement pourra nous servir dans notre langue. Mais de là à y passer ses journées... Non. À moins d’être employé de l’État, le francophone minoritaire sera bien obligé de parler la langue de la majorité aussitôt qu’il mettra le pied dehors.
La vie d’un individu, soit-il attaché à sa culture et à ses traditions, peut difficilement avancer sous le seul vent français que les gouvernements y feront souffler. Il faut bien l’admettre. On ne vit pas seulement en regardant un tableau noir, en parlant à un fonctionnaire ou en visitant sa troupe de théâtre. Bien sûr, il faut tout çà. Et chapeau à tous ceux et celles qui nous tissent ce cocon. Mais, vivre est infiniment plus vaste que cela.

Parmi toute une foule de petites et de grandes choses, ce sera de se consacrer à quelques-unes des innombrables disciplines inventées depuis que le genre humain s’est mis à penser. Le livre est la voie qui y mène. Il ne serait guère sensé d’espérer d’un état qu’il créé de toutes pièces un tel monde en français. Il ne faut pas non plus l’attendre de sa communauté et de ses leaders, soient-ils animés des meilleures intentions et de la plus grande ferveur.
Les arts et la culture sont souvent lieux de rassemblement pour les francophones. Mais l’esprit glissera toujours vers ce vaste champ que constitue tout le savoir de l’humanité. Sa saine curiosité l’éloignera du cercle pour l’entrainer vers d’autres horizons. La pensée est trop vaste pour qu’une seule institution ou un seul groupe puisse la cultiver en totalité.
La comète de Halley nous visite tous les 76 ans. Elle est discrètement repassée en 1986. Sa prochaine visite est prévue vers 2062. Les chiffres recueillis par Statistique Canada laissent entrevoir que d’ici là, beaucoup de petits francophones auront visité le bookstore du voisinage, à défaut d’une librairie. The comet will visit us, auront-ils appris.
Mais prenons le temps de rêver. Si ce vieux livre dont je feuillette encore les pages tombait entre toutes ces petites mains… Avant qu’il ne soit trop tard… Too late… Vous connaissez Mommy Daddy, cette chanson bouleversante à faire pleurer? Mommy, I love you dearly, please tell me how in French my friend used to call me. Fred Pellerin, Pauline Julien ou Marie-Jo Thério… Vous avez le choix des interprètes.
Choisissez votre préféré, puis allez l’écouter sur votre balcon, en contemplant votre étoile dans le noir céleste… Vous verrez…