Budget des TNO : De la continuité et de la précaution

04 février 2010
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Le ministre des Finances Michael Miltenberger

Le ministre des Finances Michael Miltenberger

Le budget 2010 du gouvernement ténois se démarque par sa prudence.

C’est confiant et résolu que le ministre des Finances des TNO, Michael Miltenberger, a déposé, le jeudi 28 janvier, un budget territorial 2010 teinté de la morosité économique mondiale.

« Ce budget reflète les circonstances économiques dans lesquelles se retrouvent les Territoires ainsi que le reste du monde. La récession, si elle semble avoir atteint le fond du baril et que certains signes de reprise économique se font plus présents, il reste beaucoup de chemin encore à parcourir », de déclarer le ministre peu avant de présenter son discours à l’Assemblée législative.

Le budget 2010 traduit ainsi l’effort du gouvernement de respecter ses objectifs qu’il s’était fixés, méfiant, deux ans auparavant. La continuité du travail des deux dernières années est palpable, alors qu’un plan d’immobilisations de deux ans, le plus important de l’histoire des TNO, est reconduit pour atteindre 744 millions de dollars d’ici la fin de 2010-2011. L’an passé, le budget 2009 avait été qualifié de vert grâce à un plan de stimulation des énergies vertes de 60 millions de dollars projetés sur quatre ans. L’année 2010-2011 signera donc la seconde année de ce plan d’investissement sur les priorités énergétiques avec un montant de 19 millions de dollars qui permettra de réduire le coût de la vie et la dépendance aux énergies fossiles et aux émissions territoriales de gaz à effet de serre.

Pour satisfaire son programme d’investissement sur l’infrastructure, le gouvernement a choisi d’emprunter à court terme d’ici le 31 mars 2011 la somme de 89 millions de dollars.

 

Les résultats de 2009

La dernière année n’a pas été des plus faciles, et les résultats économiques du territoire le démontrent bien. Les TNO accusent le plus important déclin du produit intérieur brut du pays, provinces et territoires confondus. Au cours des deux dernières années, le PIB a subi une chute de 23 %, avec une diminution de 16,5 % pour l’année 2008-2009. Ce sont la baisse de 16,6 % des exportations et la diminution de 22,1 % des investissements enregistrées dans la dernière année qui explique en partie cette décroissance. Et c’est le secteur minier, gazier et pétrolier qui est montré du doigt, alors que les données préliminaires de 2009 suggèrent que la baisse de 17 % observée en 2008 au sein du principal facteur de croissance de l’économie ténoise a perduré en 2009. Comme exemple, en 2009, la production des mines diamantaires n’a atteint que 64 % de ses résultats de 2008, qui s’élevaient à 14 millions de carats. L’exploration et la mise en valeur des gisements ont quant à elles chuté de 80 % par rapport à 2008, avec des dépenses estimées à 28,7 millions de dollars en 2009.

Les dépenses vers le secteur touristique ont baissé de 8 % au cours des deux dernières années. Le dernier chiffre connu de ce secteur date de 2007, alors qu’il atteignait un sommet de 140 millions de dollars.

 

Les futures dépenses

Poussé par sa volonté de jouer un rôle stabilisateur et par les prévisions d’une reprise économique (hausse de 9,5 % du PIB ténois en 2010), le gouvernement prévoit un excédent budgétaire de 35,3 millions de dollars pour son exercice 2010-2011. Les dépenses prévues s’élèvent à 1,293 milliard de dollars, alors que les recettes, même si elles augmentent de 5 % cette année, se limiteront à 1,357 milliard de dollars. Le gouvernement veut encore une fois se serrer la ceinture et essayer de contenir la croissance de ses dépenses. Le budget 2010-2011 annonce que le total des dépenses augmentera de 92 millions de dollars cette année, alors que l’objectif est de contenir cette croissance à 3 % dès 2011-2012. En plus des propres initiatives du gouvernement pour réaliser ces économies, le ministre des Finances compte sur une augmentation de 56 millions de dollars au total des paiements de transfert provenant du gouvernement du Canada.

Dans sa vision d’assurer la viabilité et le dynamisme des collectivités ténoises, le GTNO dirigera 66 millions de dollars vers les municipalités. Le budget décrit entre autres : 600 000 $ pour améliorer les programmes visant la petite enfance dans les collectivités rurales et éloignées; 400 000 $ pour des événements sportifs visant la jeunesse en région; 158 000 $ injectés dans la lutte contre les crimes associés à la drogue et à l’alcool dans les collectivités éloignées. Un fonds de 1,1 million de dollars sera également réservé aux services de police dans les petites collectivités.

Pour soutenir l’économie des Territoires, le gouvernement ténois investit, cette année, 222 millions de dollars, dont 42 millions pour le remplacement, la rénovation et l’agrandissement de certaines écoles, et 64 millions de dollars pour améliorer le réseau routier.

Une enveloppe de 307 millions sera allouée aux programmes administrés par le ministère de l’Éducation, de la Culture et de la Formation, qui représente le deuxième ministère en importance au niveau des dépenses. En ce qui concerne le ministère de la Santé et des Services sociaux, qui représente à lui seul 25 % du budget de fonctionnement du territoire, les efforts et les deniers publics seront concentrés pour assurer un service viable à long terme appuyant une prestation de services régionaux et communautaires. Lors de son allocution aux journalistes, le ministre des Finances a expliqué pourquoi le budget de la Santé n’a pas été mieux bonifié. « Nous pourrions doubler le budget de la Santé et toujours avoir une demande de services plus importante. Nous répondons à une demande croissante. Est-ce que nous avons l’argent pour faire plus? Non. », a-t-il déclaré.

 

Quelques réactions

Sandy Lee, ministre de la Santé et des Services sociaux, déclare : « Mon ministère représente 25 % du budget, mais en comparaison avec les autres gouvernements du pays, ce n’est vraiment pas exagéré. Le budget alloué à la santé est essentiel pour assurer une offre de services de santé de qualité à tous les Ténois. Mais nous devons continuellement rester vigilants, car nous le savons que trop bien : jamais la demande de services ne diminuera. Notamment avec la génération des baby-boomers qui approche de la retraite. L’élément clé est de garder la croissance de nos dépenses à un taux le plus bas possible. Il est donc important d’être plus efficaces et de réussir à mieux travailler ensemble. C’est la seule solution. ».

David Krutko, député du Delta du Mackenzie : « Le gouvernement a investi énormément dans les infrastructures alors que l’économie chutait. Le but était de se pourvoir de projets pour alimenter cette économie mal en point. Ce que je regrette, c’est que tous les projets entrepris par le gouvernement soient de grande envergure. Que ce soit la centrale hydroélectrique de la rivière Taltson ou la construction du pont à Fort Providence, ces larges projets ne sont pas directement à l’avantage de la croissance des petites collectivités. Il est impératif que les plans de stimulation économique ne bénéficient pas exclusivement aux compagnies au sud du soixantième parallèle. ».

Dennis Bevington, député fédéral des TNO : « Ce que je trouve important, c’est que les Territoires du Nord-Ouest obtiennent une augmentation de leur limite de crédit (500 millions de dollars). Le gouvernement entreprend de larges projets, c’est le temps d’avoir plus d’argent. Le taux d’intérêt est bas actuellement, ce serait bénéfique de pouvoir emprunter plus pour pouvoir investir, car en ce moment, si nous voulons développer le territoire, nous demandons à des sources extérieures d’investir pour nous. Le GTNO devrait mettre en place de nouvelles taxes. Selon des sondages nationaux, les Canadiens sont en faveur de l’instauration ou de l’augmentation de certaines taxes, s’ils savent que les recettes sont dirigées vers des fonds spécifiques. C’est un peu comme si les gens investissaient dans le gouvernement. ».

Déclaration en chambre de Jane Groenewegen, députée de Hay River Sud : « Le contenu du discours est bon dans son ensemble. J’ai été encouragée d’entendre que le gouvernement voulait faire quelque chose de tangible avec tel investissement ou telle priorité. C’est le genre de chose que j’aime voir. Pourtant, dans ce budget, il y a trop de références au développement de stratégies, de cadres de travail, de consultations. […] Je pense que nous devons nous concentrer à ce que nos ressources monétaires soient dirigées vers de réelles actions à la place d’en parler trop. C’est comme si ces stratégies et ces cadres de gestion étaient une fin en soi. Voilà, nous avons une stratégie, et nous sommes vraiment excités! Oubliez la stratégie, parlons plutôt de livrer la marchandise aux gens que nous planifions servir aux TNO. »