Santé en français : De futurs médecins francophones de retour dans leur collectivité

15 octobre 2015
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Les communautés francophones du pays ont de bonnes raisons d’espérer un plus grand nombre de médecins francophones dans leurs régions. Le dernier projet de l’Association des facultés de médecine du Canada, sous l’égide du Dr Aurel Schofield, est déjà très prometteur.
Les grands artisans de la formation médicale ont convenu, depuis peu, d’identifier les étudiants francophones dans les facultés anglophones du pays. Ils ont par la suite recherché les médecins-professeurs des facultés anglophones qui pouvaient s’exprimer en français. À leur grand étonnement, ils ont vite compris que le français est une langue parlée par de nombreuses personnes, peu importe l’endroit.
« Au tout début des recherches, mon agent de projet m’appelle et me dit que l’Université de la Colombie-Britannique avait identifié 56 étudiants francophones dans sa faculté de médecine sur peut-être un total de 250 étudiants. Et à Calgary, on a identifié 220 médecins francophones qui pratiquent dans la communauté. Mais il n’y a jamais personne qui avait eu l’idée de demander ça auparavant », explique Aurel Schofield.
Grâce à ces données prometteuses partout au pays, on a vite compris qu’il fallait mettre sur pied des comités de liaison entre les facultés anglaises et les communautés francophones pour permettre les stages des futurs médecins francophones dans les communautés francophones.
Selon Aurel Schofield, déjà 18 étudiants ont fait des stages en Ontario, au Manitoba et en Saskatchewan, malgré le fait que le projet n’a été financé qu’à partir de novembre 2014. Pour celui qui a mené de main de maître la formation médicale au Nouveau-Brunswick et qui a réglé en grande partie le problème de recrutement de médecins francophones, le projet est très prometteur.
« C’est clair que si tu prends un étudiant et que tu le gardes près de sa communauté, il va retourner pratiquer là. Il n’y a aucun facteur plus puissant que de former les jeunes médecins dans la communauté. C’est plus fort que les incitatifs », affirme-t-il.
Le médecin à la retraite explique que la formation médicale dure de six à dix ans. Un étudiant de Bonnyville en Alberta, par exemple, ne pourra que créer des racines à Edmonton ou ailleurs au pays parce qu’il se fera des amis et fondera même une petite famille. Il s’éloignera donc de sa communauté d’origine. Au début des années 1980, le Nouveau-Brunswick a bien connu ce phénomène.
« Les Acadiens allaient faire leur formation au Québec. Nous avions six étudiants acadiens par année en médecine. Sur ce nombre, seulement un revenait dans sa région. Nous avons maintenant un des meilleurs ratios de médecin de famille par population au Canada. On est la province où il y a le plus de médecins de famille par individu. »
Dans les années 2000, Aurel Schofield et ses collègues ont même réussi à rapatrier la formation médicale au Nouveau-Brunswick. Sous l’égide de l’Université de Sherbrooke, les étudiants acadiens font donc leur formation à l’Université de Moncton, entièrement en sol néo-brunswickois, une formation qui est reconnue pour sa qualité à travers le pays. Aurel Schofield et ses collègues ont ainsi obtenus des taux de rétention des jeunes médecins phénoménaux de plus de 80 pour cent, ce qui leur a valu une reconnaissance mondiale, notamment de la part de l’Organisation mondiale de la santé.
« Je suis en train de faire à l’échelle du Canada ce qu’on a fait ici au Nouveau-Brunswick. »
Le médecin explique que les ressources sont là, mais qu’il fallait interpeller les facultés de médecine et les mettre en contact avec les communautés. Il rappelle aussi que les facultés de médecine ont une pression de la part des communautés qui prend la forme d’une thématique appelée la responsabilité sociale.
« Les communautés se plaignaient, elles disaient que les facultés de médecine ne faisaient rien pour elles, qu’elles ne formaient que des spécialistes pour les milieux urbains. Elles demandaient aussi aux facultés de s’assoir avec elles et de déterminer les besoins. Nous, on s’est inséré dans cette thématique. C’est une nouvelle tendance, une nouvelle vision qui s’appelle la responsabilité sociale des facultés de médecine. »
Forts de cette réceptivité des facultés, Aurel Schofield et son comité ont profité de cette occasion pour expliquer leur projet.
« Les gens au début étaient incrédules face à notre projet. Ç’a été la surprise pour tout le monde de voir autant de jeunes francophones et de médecins francophones dans les facultés de langue anglaise. Mais on a eu une super collaboration des facultés de médecine. Je suis sûr qu’on va aller loin avec ce projet. »