Éditorial : Danser sur les cadavres

28 août 2014
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Je suis en désaccord avec la position adoptée par le gouvernement conservateur à propos du dossier des femmes autochtones disparues. Leur approche traditionnelle qui repose sur plus de prisons et de police et niant les causes structurelles souvent à la base de bien des phénomènes de criminalité ne résoudra jamais rien.
Par contre, je suis aussi en désaccord avec l’argumentation des partis d’opposition qui prétendent que cette approche conservatrice signifie que les conservateurs ne se soucient pas du tout du sort de ces femmes disparues.
Pour moi, cela revient à essayer de se faire du capital politique sur le dos des pauvres femmes autochtones victimes de violence familiale, conjugale et sociale.
Il y a pourtant tellement d’arguments qui militent en faveur de la mise sur pied d’une commission d’enquête sur cet atroce fléau social.
Une commission d’enquête permettrait d’abord de s’assurer qu’il n’y a pas de négligence de la part des autorités policières lorsque les victimes sont des femmes autochtones. S’il y a négligence, la commission pourrait émettre des recommandations aux autorités afin de corriger le tir.
Une commission se pencherait aussi sur les causes profondes de cette violence qui affligent les femmes autochtones. C’est probablement ce qui fait peur aux politiciens conservateurs. À mon avis, il ne fait aucun doute que plusieurs causes proviennent du statut précaire des familles autochtones tant sur le plan de la pauvreté que de l’accès à des services sociaux appropriés et à des ressources spécialisées dans leurs établissements d’enseignement.
De la même façon que la commission royale d’enquête sur les peuples autochtones avait jadis énoncé des recommandations qui se chiffraient à centaines de milliards de dollars, on se doute que celle d’une commission sur le sort des femmes autochtones touchera exactement les mêmes problèmes sociaux.
L’ajout de prisons et l’ajout de policiers sont faciles à vendre au public. Par contre, investir dans des programmes s’adressant aux enfants défavorisés et soutenir les programmes sociaux provinciaux sont des activités qui relèvent généralement du ressort des gouvernements provinciaux et territoriaux, sauf sur les réserves. Politiquement parlant, investir dans les réserves autochtones n’est pas un cheval de bataille qui attire l’intérêt de la population générale.
C’est désolant de voir qu’un phénomène aussi grave ne soit pas plus qu’un petit objet de discorde entre les politiciens.