Développement arctique : D'un océan à l'autre en passant par le troisième

23 novembre 2017
La gouverneure générale du Canada, Julie Payette et le premier ministre des TNO, Bob Mcleod, coupe le ruban symbolique, entourés par Louis Sébert, Wally Schumman, et Amarjeet Sohi. (Crédit photo : Nicolas Servel)

La gouverneure générale du Canada, Julie Payette et le premier ministre des TNO, Bob Mcleod, coupe le ruban symbolique, entourés par Louis Sébert, Wally Schumman, et Amarjeet Sohi. (Crédit photo : Nicolas Servel)

L’histoire ne traite pas toujours du passé. Aux Territoires du Nord-Ouest, c’est aujourd’hui qu’elle s’écrit, puisque depuis le mercredi 15 novembre 2017, la toute nouvelle route qui relie Tuktoyaktuk à Inuvik est accessible en toute saison à quiconque osera la parcourir.

La route 10, pavée d’inconnues et pleine de promesses
« Indéniablement, les choses vont changer pour la collectivité de Tuktoyaktuk », annonçait Wally Schumman, ministre de l’Infrastructure ainsi que de l’Industrie, du Tourisme et des Investissements, lors de la cérémonie d’ouverture de la route qui relie désormais le Canada à son troisième océan, à la collectivité de Tuktoyaktuk et peut être, un jour, aux importantes ressources naturelles qui gisent non loin.

Si la levée du moratoire sur l’exploitation des ressources naturelles de la région, synonyme de développement économique important, n’est pas d’actualité, les habitants de Tuktoyaktuk sont positifs, comme l’indique leur maire, Joe Nasogaluak : « On a la possibilité de sortir de chez nous à n’importe quel moment de l’année. Ce sera bon pour nos jeunes qui pourront revenir plus facilement de l’école les fins de semaine et pour leur famille qui pourra aller les voir à Inuvik. »


Outre les déplacements facilités dans la région, la baisse des prix des produits de consommation, la création de nouveaux emplois et le développement du tourisme font partie des effets bénéfiques que devrait apporter la route. Shelby Steen, native de Tuktoyaktuk et conductrice de camion, est de cet avis. « La construction n’a pas toujours été facile, mais c’est bon pour notre communauté. Je crois qu’elle va grandir grâce à la route. Nous aurons besoin de cafés, d’hôtels, de restaurants, d’espace de campements, ça va grandir. On est très fiers de ce qu’on accomplit. »


Près de 40 emplois permanents seront d’ailleurs créés afin d’assurer l’entretien de la route et une vingtaine d’autres pourraient voir le jour dans le domaine touristique. D’un autre côté, le projet routier a offert la possibilité à 185 personnes de se former, notamment des chauffeurs routiers de classe 1 et 3 ainsi que des opérateurs d’équipement. Si cela ne leur garantit pas forcément un emploi dans un avenir proche, ces travailleurs disposent désormais de compétences transférables, qu’ils pourront utiliser lorsque d’autres occasions se présenteront.


Il reste difficile de savoir ce qui se passera. Un peu à l’image de la route elle-même, construite sur un sol qu’on ne connaît pas bien et dont on ne peut prédire le comportement avec certitude. Dean Ahmet, ingénieur pour le gouvernement des Territoires du Nord-Ouest et chef de projet de la nouvelle route, l’a rappelé lors de son inauguration. « Les pergélisols sont instables et fragiles. Au cours de la conception et des étapes de construction, on a pris toutes les précautions pour les protéger et pour que la route soit durable, mais on expérimente encore. »


Un partenariat a d’ailleurs vu le jour avec l’Université du Manitoba afin de mesurer le mouvement des sols et le comportement des géotextiles, matériaux utilisés pour la protection de la toundra. « On cherche à optimiser nos méthodes de construction sur le pergélisol et à réduire les besoins en matériaux. On espère aussi que cela pourra servir de référence pour la construction routière ou d’infrastructure autour du cercle arctique, au niveau local ou international. »

Journée historique
Nombreux étaient les automobilistes qui voulaient prendre part au voyage inaugural. Avant de prendre le volant, ils se sont d’abord rassemblés au complexe du soleil de minuit à Inuvik, où les jeunes de l’école élémentaire East 3 ont ouvert les festivités en entonnant Ô Canada, en trois langues.


À la suite d’une série d’allocutions de la part de leaders Gwich’in et inuvialuits ainsi que des représentants des gouvernements des Territoires du Nord-Ouest et du Canada, et d’un mot de la gouverneure générale, Julie Payette, le cortège s’est dirigé vers le kilomètre zéro, pour officialiser l’ouverture de la route Inuvik-Tuktoyaktuk.


Vers midi, une vision vieille de 50 ans comme l'a avancé Carolyn Bennett, ministre des Affaires autochtones et du Nord, s’est concrétisée. Après quatre ans de travaux dans des conditions extrêmes, après 300 millions de dollars investis, la route 10 a été officiellement ouverte. Un cortège de plusieurs dizaines de véhicules a pu se lancer à la conquête des 137 km qui mènent à l’océan arctique.

La collectivité de Tuktoyaktuk, maintenant à deux heures de route d’Inuvik (à l’allure maximale autorisée sur la voie de 70 km/h), avait préparé la suite des festivités et investi l’aréna Donald Kuptana. Au programme, un grand buffet, la projection du documentaire The end of the ice age/La fin de l’âge de glace, des tambours et danseurs siglit, un concert du groupe Collectif9, venu de Montréal et « le plus grand feu d’artifice de l’histoire de Tuktoyaktuk ».

 


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