Le projet pilote de fabrication de maisons modèles vise à ouvrir de
nouveaux marchés pour écouler les produits canadiens. « Via ce projet, les
entreprises d'ici peuvent exporter en Russie les technologies canadiennes,
dans le domaine de la construction d'habitations, qui sont adaptées aux
températures froides des républiques russes », affirme le président de
Canada North Project, Bob Doherty.
Le programme est financé à 50 % par l'Agence canadienne de développement
internationale (ACDI), ainsi que par Canada North Project. Le coût total du
projet est estimé à 2,3 millions de dollars. La Russie va injecter environ
175 000 $. Ces frais élevés sont dus, en partie, aux coûts associés au
transport de la marchandise canadienne à destination de la Russie. « Si le
prix d'envoi de la marchandise au Japon est évalué à 700 $, il peut en
coûter 7000 $ pour envoyer le même chargement en Russie », soutient M.
Doherty.
« Les objectifs de ce programme sont d'assurer la modernisation, et la
privatisation accrues de l'industrie de la fabrication des matériaux de
construction dans le nord-est de la Russie, de même que l'amélioration de
la technologie du bâtiment résidentiel au plan énergétique », soutient M.
Doherty.
Ce projet de développement consiste à construire cinq habitations, des
maisons modèles, dans cinq localités russes, ainsi qu'à assurer la
formation d'ingénieurs russes. Certains d'entre eux sont venus en Alberta
pour suivre des cours à l'Institut de la technologie, alors que d'autres
suivent une formation dans leur pays d'origine. « Un menuisier russe
connaît les bases du métier, mais la qualité n'est pas une priorité ici.
Notre programme vise à leur offrir une approche différente qui leur
permettra de construire des habitations de qualité supérieure », a souligné
un représentant de Canada North Project actuellement en Russie, Peter
Mielecki.
« En Russie, les matériaux utilisés pour la construction de maisons sont
principalement le béton et la brique. Elles sont mal isolées. Grâce à la
technologie des structures en bois, les nouvelles maisons seront
économiques et offriront une meilleure protection face aux intempéries et
aux conditions météorologiques difficiles de cette région de l'arctique
russe », explique M. Doherty. D'ailleurs, une usine de production de
charpente de toiture en bois a été implantée et elle est gérée par de
petites entreprises locales avec le soutien de Canada North Project.
Canada North Project est un consortium du secteur privé formé de compagnies
tel Aurora Homes, une entité qui regroupe elle-même des entreprises ¦uvrant
dans le domaine de la construction comme Ferguson Simek Clark. Cette
dernière en est à sa deuxième collaboration avec la Russie. Entre 1996 et
1998, elle a construit 1000 unités de logements dans la ville de Yakutsk
dans le cadre d'une activité financée par cette dernière.
Le partenariat en Russie permet un échange de connaissances. « La
collaboration internationale demeure toutefois risquée dans un pays fragile
comme la Russie qui se relève d'une crise économique », précise le
directeur des opérations à Ferguson Simek Clark, Jerry Jaud. La ville de
Yakutsk doit encore « plusieurs millions de dollars à la compagnie
canadienne », a spécifié M. Jaud, sans révéler le montant exact de la somme
due.
Parmi les difficultés rencontrées par les entrepreneurs canadiens figurent
notamment : les conditions de travail difficiles, les problèmes à la douane
lors de la réception des matériaux canadiens par les autorités russes,
l'équipe de travail russe, l'éloignement familial que vivent les
travailleurs canadiens supervisant les opérations et l'application des
normes canadiennes de construction en pays étrangers.
« Les règles changent constamment. Quand nous avons les documents requis
par les autorités des trois paliers gouvernementaux russes (municipal,
régional et fédéral) une nouvelle réglementation fait son apparition. La
lourdeur de la bureaucratie russe ne nous rend pas la tâche facile »,
déplore Bob Doherty. Cette situation semble confirmée sur le terrain par
Peter Mielecki. « Les choses progressent lentement, plus lentement que ce
que nous avions anticipé. Nous avons perdu un mois car notre matériel a été
confisqué par les douanes russes jusqu'à ce que nous ayons les papiers
requis, et ce, après plusieurs inspections. Par contre, nous avons appris
une leçon : maintenant, nous savons comment fonctionne le système et nous
espérons que les prochains envois de matériaux se dérouleront dans les
temps prévus », a déclaré M. Mielecki.
Le président prévoit par ailleurs que le projet se terminera en 2001, même
si plusieurs compagnies se sont retirées du projet après la crise
financière de l'été 1998. Quant à la compagnie Ferguson Simek Clark, la
seule des cinq compagnies originalement impliquées dans le projet des
maisons modèles, elle attend toujours son dû en ce qui concerne le premier
projet de construction de 1000 unités de logements. « Nous avons participé
au second projet de collaboration avec la Russie, puisque nous avons déjà
investi dans cette région », déclare M. Jaud. « Il faut être très prudent
dans ce type de collaboration. Bonne chance à tous ceux qui s'engagent dans
des projets de cet ordre », ajoute M. Jaud.
Photos: Gracieuseté de Bob Doherty