Conférence sur l’eau: Mobilisation citoyenne à Fort Chipewyan

22 août 2008
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Avant de relater les événements qui l’ont le plus marquée durant cette conférence sur l’eau, Geneviève Côté rappelle que, dans le cadre de son emploi d’été, elle assistait un écologiste de Parcs Canada dans ses recherches. Durant sept semaines, ils ont étudié la végétation dans le delta de l’Athabasca, à l’ouest de Fort Chipewyan. Avant d’assister en tant que spectatrice aux différentes rencontres, elle avait eu le temps de faire connaissance avec cet environnement si particulier qu'est un bassin hydrique, mélange de rivière, de lacs et de zones humides.

Quelques jours avant la conférence, des enfants sont venus porter un poisson difforme, avec deux bouches, trouvé sur les berges de la rivière Athabasca. « Nous l’avons donné à des membres de la nation Mikisew avant la conférence », rapporte Geneviève Côté.

Elle enchaîne sur le programme. « La première journée a permis aux Aînés (Elders), aux jeunes et à des groupes environnementaux d’échanger. Les Aînés parlaient de leurs maladies à Fort Chipewyan. Les jeunes présentaient leur point de vue sur la situation. Des groupes environnementaux écoutaient. La deuxième journée a commencé avec la levée du drapeau canadien, des prières, le feu sacré. Puis les autres journées ont défilé, ça durait de 8h à 20h. Les Aînés et les jeunes ont présenté la résolution qu’ils ont adoptée la veille à l’unanimité : ils veulent se faire entendre et travailler ensemble. Des activités étaient organisées autour du thème de la protection de l’environnement. Avec des enfants, on a fait des observations au microscope, des analyses d’eau. Des chefs de Nations sont venus parler. Des politiciens de l’Alberta sont venus aussi. Des groupes environnementaux, dont les organisateurs Keepers of the Water faisaient partie, ont présenté les outils qu’ils proposent aux autochtones pour mieux travailler ensemble et mieux se faire entendre. »

Ces courants d’échanges d’idées, de mise à plat des problèmes pollution versus santé, ont été également travaillés par thèmes précis : le droit des autochtones par rapport à leurs traités (droit à la santé, droit de vivre dans un environnement sain par exemple) ; l’utilisation du bassin et des terres de l’Athabasca de la nation Mikisew dans le cadre des projets de développement (protection des sites sacrés, définition des sites à développer, sites à protéger) ; comment modifier les politiques gouvernementales ; comment organiser et motiver des communautés dans la surveillance environnementale ; comment animer et informer localement.

Geneviève Côté évoque deux aspects remarquables de ces rencontres. « Il y a une réelle volonté de travailler ensemble. Au départ, il y a cinq bandes autour de Fort Chipewyan qui ne s’entendent pas au sujet de revendications territoriales. Ils ont convenu qu’il fallait régler ce problème puis travailler en commun afin d’avoir plus d’impact sur le gouvernement. Ils ont reconnu que c’est eux qui peuvent agir car c’est eux qui se font empoisonner. »

Continuant à propos des autochtones et de leur participation à cette conférence, Geneviève Côté ajoute : « J’ai senti chez eux beaucoup de frustration et beaucoup de désespoir. Depuis 1996, 30 personnes sont décédées de maladies anormales dans Fort Chipewyan. Mais, en même temps, c’était la fête tous les soirs. Des familles se sont retrouvées, rassemblées, et ils ont osé faire, pour la première fois, des fêtes sur les lieux mêmes de l’ancienne école résidentielle de la mission. L’école a été détruite, mais c’est la première fois qu’avait lieu une activité autochtone là. J’ai perçu ça comme un moyen de soigner les souffrances passées, un moyen de se guérir. »

Interrogée sur la validité de ces démarches civiles, de ces regroupements qui paraissent si faibles par rapport aux mastodontes industriels et politiques, Geneviève Côté montre de la confiance en l’avenir. « Un réseau de communication va se monter avec des participants de cette rencontre et d’autres qui se grefferont dessus. Ce qui va changer avec le temps, c’est que le gouvernement va subir une grosse pression avec les peuples nordiques. »