Les Autochtones et l’évolution : Conférence « Monde en changement »

19 avril 2002
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Le sénateur Laurier Lapierre, le négociateur en chef pour le Conseil des Dogrib signataires du traité numéro 11, John B. Zoe, et le premier ministre Stephen Kakfwi ont prononcé des allocutions sur les impacts de l’évolution sur les peuples autochtones. Ces présentations avaient lieu les 11 et 12 avril derniers, lors de la conférence « Monde en changement », réunissant environ 300 jeunes délégués canadiens.

Pour le sénateur Lapierre, la génération montante « a la responsabilité de réparer les ravages de l’histoire. Vous n’avez pas le droit, au nom de la richesse et de la civilisation, d’éloigner les Autochtones de leur culture. Il n’y a pas un gouvernement, pas une entreprise, qui a le droit de faire ça », a-t-il martelé.

Le sénateur Lapierre en rajoute : «Si votre génération ne peut pas réparer les ravages de l’histoire, vous n’êtes pas mieux que les Jésuites et les autres qui ont exporté les Autochtones au nom d’un Dieu qu’ils ne connaissaient pas ».

Dans son allocution, l’ancien journaliste et auteur a plaidé en faveur des Autochtones en ce qui à trait aux différents traités qui ont marqué l’histoire. « Ils étaient prêts à partager leurs terres. Tous les témoins le disent. Mais il y a eu des traités qui n’ont pas été respectés ». Ce dernier a aussi condamné l’attitude des gens qui tendent à marginaliser les Autochtones.

« L’identité et la culture vivent dans l’intégrité de soi-même, dans la communauté et dans le respect de sa propre culture comme de celle des autres », de lancer le sénateur qui reconnaît qu’un grand défi attend les jeunes qui ont assisté à la conférence. « Ces jeunes ont tout un monde à refaire. Ils devront être armés de perspectives, de valeurs et de connaissances. Ils devront commencer par aider les gens de leur propre pays et, ensuite, ceux des autres pays ».

Au chapitre du développement économique, le sénateur Lapierre a plaidé en faveur d’une « utilisation » des ressources, plutôt que de leur « exploitation ». «Il s’agit d’un contrat social entre ceux qui utilisent ces ressources et la Terre, afin que celle-ci ne s’épuise pas et qu’elle ait la chance de se renouveler », explique-t-il.

De son côté, le premier ministre Stephen Kakfwi a parlé des principaux changements qui ont marqué son peuple au cours des dernières années. Depuis le boycott des fourrures par les pays Européens, jusqu’aux différentes négociations pour l’autonomie gouvernementale, M. Kakfwi a fait part des luttes auxquelles lui et ses pairs ont pris part.

Selon lui, les années 1960 et 1970 ont été une véritable révolution pour les peuples Autochtones. «Dans certains dictionnaires, une révolution survient lorsque ceux qui n’ont pas de droit deviennent ceux qui gouvernent. C’est ce qui s’est passé ici », a-t-il lancé.

«Nous avons dû apprendre à agir comme si nous étions chez nous. Nous avons d’abord dit que nous étions une nation. Ce qui a surpris le gouvernement du Canada au point de se faire soupçonner de séparatisme. La GRC a même commencé à nous surveiller. Nous avons changé les noms des lieux, des communautés et même des noms de familles », de raconter le premier ministre.

Par la suite, le premier ministre a expliqué son implication dans la commission Berger et ses résultats qui imposaient un moratoire de dix ans sur l’implantation d’un gazoduc. «Nous avons vu la commission comme une plate-forme nationale pour nous exprimer. Par la suite, des Autochtones se sont fait élire à l’Assemblée législative, maintenant, plusieurs groupes ont obtenu ou sont en voie d’obtenir l’autonomie gouvernementale ».

C’est avec une certaine fierté que M. Kakfwi a raconté l’histoire des chefs qui se sont réunis à Fort Liard pour dire qu’ils étaient prêts à discuter du dossier du pipeline. De même pour la façon dont les Dogribs se sont organisés lors de la ruée vers le diamant et dont le gouvernement territorial a fait en sorte qu’une partie des diamants soient certifiés comme étant canadiens et qu’ils soient taillés et polis aux Territoires du Nord-Ouest.

Quant à John Zoe, il a montré trois vidéos portant sur la culture du peuple dogrib et les façons de la préserver. L’un de ces documents présentait un programme appelé « Les chemins de nos ancêtres ». Chaque année, une trentaine de jeunes Dogribs partent en canot avec des aînés pour découvrir les voyages que leurs ancêtres faisaient.

Selon lui, la production de ces documents vidéo devenait inévitable pour garder l’histoire des Dogribs bien vivante. « Il devient de plus en plus difficile de trouver des aînés pour partager les connaissances avec les jeunes. Il faut les inciter à s’intéresser à l’histoire et à la culture », explique-t-il, tout en spécifiant que, chaque automne, il n’y a aucune difficulté à remplir la trentaine de places disponibles pour le voyage.