Le Canada perd l'initiative : Compressions budgétaires et la recherche nordique

10 avril 1998
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Peter Johnson en a gros sur le coeur! Président de l'Association universitaire canadienne d'études nordiques (Aucen), il ne peut rester indifférent devant les compressions budgétaires drastiques auxquelles est soumise la recherche nordique au Canada. "Les Américains, les Japonais et les Européens conduisent de plus en plus de recherches dans le Nord canadien. Par exemple, les Américains construisent une station de recherche à Resolute. Pendant ce temps, les budgets de recherche du Canada au Nord diminuent d'année en année!" Participant au Colloque Nord-Laval en sciences humaines de l'Université Laval les 2 et 3 avril derniers, il a accordé une entrevue à l'Aquilon.

Peter Johnson a prononcé le mot d'ouverture au colloque Nord-Laval en félicitant les chercheurs de leur intérêt pour la recherche nordique. "Je suis toujours émerveillé, a-t-il déclaré, par ces rencontres de chercheurs. Surtout par la contribution des étudiants qui s'impliquent avec beaucoup de sérieux et de détermination dans leur discipline respective."

Mais les sous se font de plus en plus rares. Le programme canadien d'Étude du plateau continental polaire (Polar Continental Shelf Project) qui finance la plus grosse part de la recherche nordique au Canada sera encore amputé de moitié cette année et dès l'an prochain, son budget tombera autour du million de dollars en tout et partout.

Le Canada fait face à des problèmes très graves qui concernent le monde entier. Par exemple, l'accumulation au Nord de contaminants provenant de l'activité industrielle de l'ensemble de la planète.

La circulation des vents finit par aspirer les déchets toxiques dans l'atmosphère terrestre et les rediriger dans les régions arctiques où on les retrouve en quantité alarmante dans la chaîne alimentaire. Dans un habitat écologique précaire où des saules de 5 centimètres de haut prennent 200 ans à pousser, les conséquences peuvent être irréversibles.

L'autre problème incontournable, c'est le réchauffement des températures. Dans les 50 dernières années, on a observé une augmentation de 4 à 5 degré Celsius des températures arctiques. S'agit-il d'un cycle climatique normal comme on a pu en observer plusieurs dans le passé? Ou encore s'agit-il plutôt des effets de l'accumulation de CO2 dans l'atmosphère qu'on identifie sous le terme d'effet de serre? De toute façon, ces changements climatiques pourraient avoir un impact formidable sur les régions côtières de la planète, puisqu'ils entraînent la fonte des glaciers et conséquemment, la hausse du niveau des océans.

Une autre conséquence de la fonte des glaciers, c'est la création de masses d'eau froide en provenance du Nord qui cherchent à se frayer un chemin vers le Sud, bouleversant possi-blement la circulation des courants marins et créant une modification climatique pour tous les pays situés en bordure de l'Océan atlantique.

Plusieurs pays se sentent donc directement concernés par ces problématiques de recherche et le Nord canadien est de plus en plus sillonné par des équipes scientifiques étrangères qui vont développer chez eux une expertise "canadienne."

Pour Peter Johnson, c'est évident que le Canada devrait garder l'initiative dans des domaines de recherche qui concernent directement son habitat naturel et les populations humaines qui y vivent. "Il faudrait au moins que le Canada se donne les moyens de suivre de près la compréhension scientifique de problèmes qui le concernent directement." a conclu Peter Johnson dans un excellent français.