Administration du Nord : Colonialisme et gestion inadéquate

08 mai 2014
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Des projets sont approuvés avant même que le formulaire ne soit reçu
 

Cinq ans après sa création, l’Agence CanNor ne connaît pas l’impact de ses investissements dans les collectivités nordiques et sa haute direction est toujours domiciliée à Ottawa. Voilà l’essentiel des constats que fait le vérificateur général du Canada, Michael Fergusson, sur l’Agence canadienne de développement économique du Nord, dans son rapport déposé mardi à la Chambre des communes.
Le vérificateur général relève d’importants manquements quant à l’administration des accords de contribution conclus avec les organismes et entreprises du Nord canadien. Sur 11 accords de contribution étudiés, le vérificateur estime que seulement trois ont été administrés adéquatement. Le rapport fait également état d’une majorité de cas où le financement a été accordé lors du dernier trimestre de l’exercice financier, ne laissant ainsi que quelques semaines aux bénéficiaires pour réaliser la programmation de toute une année.
Par ailleurs, le vérificateur général constate que l’organisme créé pour mettre fin au paternalisme d’Ottawa dans le Nord demeure toujours dirigé depuis Ottawa. L’Agence embauche davantage de personnel dans la capitale nationale qu’aux quartiers généraux de CanNor, à Iqaluit. Le poste de président; de vice-président aux politiques, à la planification et aux communications et le poste de conseiller principal pour les relations avec la communauté inuite, sont tous occupé par des personnes qui ne résident pas dans le Nord.

Recommandation et critique
Le vérificateur général a émis 12 recommandations à CanNor. Par exemple, le vérificateur général recommande que CanNor mette à jour son plan des ressources humaines et établisse un plan d'embauche des Inuits, tel que l'exige l'Accord sur les revendications territoriales du Nunavut, et qu'elle surveille ensuite la réalisation de ce plan. CanNor disposant de locaux excédentaires à Iqaluit, Yellowknife et Ottawa, le vérificateur lui a recommandé de mettre à jour son Cadre de gestion de locaux de bureaux

Les 12 recommandations ont toutes été acceptées. La ministre responsable, la députée du Nunavut, Leona Aglukkaq, a fait une courte déclaration aux médias, indiquant que l’Agence avait entrepris des démarches pour redresser la situation dans la plupart des recommandations. En s’appuyant sur ses plans de ressources humaines et d’embauche des Inuits, l’Agence a déclaré qu'elle ajouterait neuf postes supplémentaires à son effectif actuel à Iqaluit d’ici la fin de l’exercice financier 2014-2015 et transfèrerait progressivement d’autres fonctions des services ministériels d’Ottawa à Iqaluit.
Malgré les commentaires de Leona Aglukkaq, le député de Western Arctic, Dennis Bevington, considère qu'elle a fait preuve d'incompétence. « Le rapport du vérificateur général, dit-il, montre l'échec de la ministre dans une agence qu'elle a eu l'occasion de faire fonctionner. »
Lors de l'inauguration de l’Agence canadienne de développement économique du Nord à Iqaluit en 2009, le premier ministre Stephen Harper avait affirmé vouloir mettre un terme au paternalisme d'Ottawa. Force est d'admettre que ce souhait ne s'est pas réalisé. « Le programme, de dire Dennis Bevington, est mal géré parce que les gens ne sont pas là où l'action est. C'est encore clairement dirigé d'Ottawa. »
Le député de Western Arctic a déclaré ne pas être surpris de la teneur du rapport, parce qu'il avait lu les précédents, qui faisaient également état de mauvaise gestion et de problèmes organisationnels. « Je suis très heureux de constater que le vérificateur général rapporte ce qui se passe. C'est très révélateur de cette agence que le gouvernement conservateur appelle nordique. Elle ne respecte aucun des critères financiers, d'état des dépenses et d'utilité de ce qui est fait pour les gens du Nord, etc. »

Ingérence
Dennis Bevington a en outre déploré l'ingérence politique dans le dossier. Il rappelle qu'il avait reçu beaucoup de critiques à l'époque où Iqaluit avait été choisie comme siège de l'Agence, alors qu'au sein même du ministère des Affaires autochtones et du Développement du Nord Canada, des fonctionnaires croyaient que Yellowknife aurait été plus appropriée. « Mais, dit-il, la ministre Aglukkaq et le premier ministre ont néanmoins fait le choix d'installer l'agence à Iqaluit. » Dennis Bevington affirme avoir reçu des commentaires confidentiels de fonctionnaires de CanNor selon lesquels il y a toujours eu de l'interférence politique de la part de la ministre à l'intérieur de l'agence, qu'on y retrouve ni vision ni direction, et que les gestionnaires seniors ne savent tout simplement pas ce qui se passe dans le Nord, puisqu'ils sont à Ottawa.
« Le vérificateur général, ajoute Dennis Bevington, dit que dans le Programme de développement économique des collectivités, seulement trois des 11 projets ont été évalués adéquatement. D'autres projets ont été approuvés avant même que le formulaire ne soit reçu à CanNor. Il y a de vrais problèmes dans le système, et je crois qu'ils proviennent de l'interférence politique. »