Les résultats d'une enquête démontrent que les morilles sont
sous-exploitées dans le Nord. Moins d'un pour cent de ces champignons
comestibles est récolté chaque année. Par contre, la cueillette annuelle de
champignons au Canada constitue une économie de 100 millions de dollars.
C'est sans compter le montant que rapporte le travail au noir dans
l'industrie. Les morilles poussent dans les régions où les feux de forêt
ont eu lieu l'année précédente et ils sont marqués par un chapeau assez
étroit et haut et ils sont également criblés d'alvéoles.
Or voilà que les trouvailles de l'étude suscitent de l'intérêt dans le
milieu des affaires autochtones et au sein du ministère des Ressources, de
la Faune et du Développement économique. Ces organismes ont soit
commandité, soit participé à son élaboration.
L'étude recommande l'établissement d'un système de permis pour les gens
participant à des récoltes commerciales afin de contrer le crime organisé
dans le Nord. Le conseiller en faune Joachim Obst affirme que l'emploi
d'immigrants illégaux, l'extorsion et les vols à main armée sont fréquents
dans le milieu lorsque les cueillettes ont lieu. Il soutient même que
certains de ces incidents se sont produits aux T.N.-O. l'été dernier.
Malheureusement, la Gendarmerie royale du Canada à Yellowknife n'a pu
confirmer ces faits, étant donné que les crimes dans le monde mystérieux du
champignon ne sont pas répertoriés.
« Le système de permis implanté dans l'État d'Oregon a considérablement
réduit le nombre de crimes durant la cueillette », soutient M. Obst. « La
Colombie britannique examine la possibilité d'établir un système semblable
afin de combattre le crime organisé dans la province. Selon moi, le système
de l'Oregon peut être employé comme une référence pour protéger les
habitants du Nord contre les abus dans le milieu ».
Les amateurs de morilles sont prêts à payer le gros prix pour déguster ces
champignons rares. Lorsque la saison de la cueillette achève, le coût des
morilles augmente considérablement, passant de 200 $ à 550 $ la livre .
Voilà de quoi attirer les exploiteurs.
Toutefois, M. Obst espère que la cueillette contribuera plutôt à relancer
l'économie des territoires. Il prévoit qu'un système de permis avantagera
les communautés autochtones et réduira l'afflux de résidents des autres
provinces. L'étude démontre clairement que les compagnies européennes et
américaines sont favorables à l'idée de lancer sur le marché des
champignons cueillis par les Autochtones dans les forêts intactes des
T.N.-O. « Si un pour cent des morilles était récolté, au moins 100
personnes par communauté pourraient avoir un emploi d'été. »
Toutefois, certaines mises en garde sont d'usage lors de la cueillette de
champignons. Une distance d'un kilomètre des routes diminue le risque que
les morilles soient contaminées par les combustibles, toujours selon ce
dernier. « Je vois régulièrement des gens cueillir des morilles aux
alentours de Yellowknife. Il y a de fortes chances que des agents polluants
les aient affectés, ce qui augmenterait les risques pour les
consommateurs. »
La proximité des villes européennes et américaines des champs de récolte
contribue à augmenter le risque que des éléments toxiques s'infiltrent dans
les morilles. Une analyse de quelques échantillons de champignons est
présentement en cours dans un laboratoire suisse, selon M. Obst. Il espère
que les résultats prouveront que les champignons des T.N.-O. sont les plus
sécuritaires pour la consommation au monde et lanceront un véritable boom
économique dans le Nord.