Les portes du pénitencier : Centre correctionnel de Yellowknife

18 juin 1999
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Tout au bout de l'avenue Franklin, à la jonction de l'Old airport road se situe la Centre correctionnel de Yellowknife. À l'intérieur, plus de 100 prisonniers, dont les crimes varient de mineurs à majeurs, entrevoient la venue d'un jour meilleur.

Première étape : passer le grillage. Ouf! C'est fait. Ensuite, s'avancer vers l'entrée des visiteurs avec toujours cette idée de faire un sourire ou d'envoyer la main aux quelques caméras qui m'espionnent sournoisement. Mais bon, laissons la paranoïa de côté. J'entre et je rencontre la directrice des programmes, Shirley Kemes Jones. Elle me serre la main et me propose de visiter l'aile est de l'établissement. Pourquoi pas?

Le gardien de sécurité pousse la grosse porte d'acier et nous entrons dans « leur » univers. L'univers des prisonniers. Celui avec lequel ils se lèvent le matin, dans lequel ils passent leur journée et avec lequel ils s'endorment le soir.

«Nous allons faire ça rapidement. Les camarades n'aiment pas tellement les visites guidées. Ils ont l'impression d'être des animaux en cage », m'explique discrètement Mme Jones.

Les camarades, comme on les appelle là-bas, s'occupent sagement dans leur cellule respective. Lorsqu'on passe, ils nous lancent un regard même que certains osent un sourire nerveux. Moi, je baisse les yeux.

«Est-ce que tu aimerais visiter l'aile ouest? C'est la section des criminels dangereux », me demande Mme Jones.

«Non, ce n'est pas nécessaire », lui réponds-je.

«Dommage, c'est la meilleure partie », réplique le gardien!

Près de 135 prisonniers sont incarcérés au YCC. Ils sont chargés de crimes mineurs, moyens et majeurs. Par contre, malgré la gravité de leur crime, ils ont tous la chance de participer aux programmes de réinsertion et de réhabilitation sociale offerts par le centre.

«Lorsqu'ils sont prêts et qu'ils ont fait le sixième de leur temps, tous les détenus peuvent participer aux programmes. Seulement deux conditions doivent être remplies : ne pas être un danger pour soi-même, ni pour les autres », explique Mme Jones.

Ainsi, pendant qu'ils purgent leur peine, les prisonniers travaillent à l'Armée du Salut, font des démonstrations de sculptures dans les écoles, animent des ateliers sur la prévention des maladies transmissibles sexuellement, ou encore, participent en juillet au Festival Folk on the Rock.

«Notre philosophie est de les faire participer dès leur entrée au centre. Ils doivent être conscients du pourquoi de leur incarcération et savoir comment ils vont pouvoir rendre leur séjour ici « profitable ». On ne peut retirer rien de bon à regarder les murs toute la journée », affirme Mme Jones.

Une fois que leur temps est expiré et qu'ils sont prêts à retourner dans leur communauté, les détenus doivent, depuis quelques années, passer par une étape de transition : les camps.

«Parce la transition entre la prison et le retour dans la communauté est trop brusque et que les cas de récidive sont trop fréquents, nous avons pensé à mettre sur pied une étape de transition qui permettrait aux détenus de gagner en maturité et en indépendance car certains sortent des camps complètement changés, ils deviennent carrément une nouvelle personne », enchaîne avec un grand enthousiasme Mme Jones.

D'ailleurs, le rapport John Evans, sorti en février 1998, démontre que lorsqu'un programme est appliqué aux besoins spécifiques du prisonnier, que ce dernier fait un séjour dans un camp de transition et qu'il est suivi par la suite, ses chances de réinsertion sociale sont nettement améliorées.

Réhabilitation, réinsertion, intégration, tous ces beaux termes universitaires se terminant en « ion » paraissent bien et semblent bien marcher aussi. Toutefois, gardons en tête que c'est ici, dans les Territoires du Nord-Ouest que se trouve le plus haut taux de criminalité au pays : 25 % par 100 000 habitants.

Au Centre correctionnel de Yellowknife, qui n'accueille que des hommes, plus de 90 % des personnes incarcérées sont d'origine autochtone. Phénomène social, triste réalité, après avoir été autant exploités et dominés par les occidentaux, les autochtones payent chers le prix de leur histoire et traînent un passé lourd à supporter.

«Il y a certainement un manque de modèles positifs pour indiquer aux jeunes le droit chemin? En très bas âge, ils perdent contact avec un modèle familial fort », souligne Mme Jones. « Lorsqu'ils arrivent en prison, les gens doivent apprendre une nouvelle façon de vivre et désapprendre ce qu'il ont acquis dans le passé. Les personnes qui se sentent coupables après avoir commis un acte criminel s'en sortent. Ceux qui ne ressentent aucune culpabilité et qui blâment les autres pour ce qu'ils ont fait, récidivent -ils font le yoyo entre la prison et leur communauté! »

Néanmoins, les programmes vont bon train, les attitudes changent, les prisonniers s'éveillent. Les portes du pénitencier vont bientôt se refermer et c'est là que je commencerai ma vie, disait la chanson.