Les méandres du projet gazier du Mackenzie : Ce qu'un éducateur en pense...

03 février 2011
0 Commentaire(s)

Dans le cadre de son dossier sur le projet gazier du Mackenzie (PGM), L’Aquilon interroge diverses personnes de la communauté afin de mettre de la lumière sur les sentiers sinueux de ce projet et de prendre le pouls de la population à ce sujet. Cette semaine…
Entrevue réalisée et traduite par Édith Vachon-Raymond (Fort Smith)

Kevin Smith est le directeur du programme des Technologies de l'environnement et des ressources naturelles, au campus Thebacha (Fort Smith) du Collège Aurora.


L'Aquilon s'informe auprès de la population de ce qu'elle pense du PGM. On leur demande si elle croit que ce projet devrait aller de l'avant ou non. Qu'en pensez-vous?

Bien, puisque le Collège Aurora est une institution de formation et d'apprentissage, ce n'est pas vraiment notre mandat de juger si le PGM devrait voir le jour ou non, nous utilisons surtout cette question en classe comme un cas d'étude. Des élèves sont présentement en train de lire la Commission d'enquête de Berger (Thomas) et les autres documents relatifs au PGM. C'est un très bon exercice, les élèves décideront ensuite la position qu'ils veulent prendre. Il s'agit d'un exemple concret des bénéfices financiers versus les impacts environnementaux.



Provoquez-vous des discussions entre vos étudiants à ce sujet?


Oui, en effet! Nous avons déjà passé plusieurs cours à discuter de cette question entre nous. Nous regardons ce que le juge Berger a dit exactement, en 1975, et ce que la Commission d'examen conjoint (CEC) du PGM a partagé. Avec les étudiants, nous explorons le processus en règle à suivre dans de telles situations. Nous avons des débats assez chauds... Cependant, en tant qu'enseignant, je me dois de demeurer objectif [...].

Ce que je trouve intéressant, par contre, c'est que le juge Berger, en 1975, a dit qu'il n'y avait pas d'impacts environnementaux significatifs à ce qu'un pipeline relie Inuvik à l'Alberta. La CEC n'a pas vraiment changé ça. Je veux dire, l'environnement change... le pergélisol fond. Ça aura un gros impact. Pour être honnête, mon opinion, c'est que si un projet de la sorte est pour voir le jour, c’est aux collectivités situées le long de la vallée du Mackenzie que revient le droit de décider [...].



Trouvez-vous qu’il est important que les étudiants en apprennent davantage au sujet du PGM? Que devraient-ils savoir surtout?

Oui! C'est fondamental de comprendre comment les évaluations environnementales fonctionnent aux Territoires du Nord-Ouest. Chaque région est un peu différente. Les Inuvialuits, les Gwich'ins et les Dénés du Sahtu ont tous leur propre office de gestion des eaux. Ce qui a pour effet que les projets sont gérés de façons différentes. C'est une très bonne manière pour nous d'expliquer comment le processus fonctionne aux TNO, surtout avec un si gros projet.

Lorsqu'ils arrivent au collège, les étudiants ont, pour la plupart, déjà leurs opinions sur le PGM. Ils n'ont pas l'air d'être prêts à changer leurs opinions si facilement!



Qu'est-ce qui, selon vous, explique ces opinions si bien ancrées?

Je pense que les gens aux TNO sont assez bien divisés entre ceux qui croient que le projet devrait voir le jour pour les bénéfices économiques et ceux qui croient que ce serait une mauvaise idée en raison des impacts sociaux et environnementaux. Pour la plupart des gens, aussi, il y a ceux qui en parlent depuis si longtemps qu'ils croient que les gens ont déjà fait leur idée sur la question!



Croyez-vous que les gens sont bien informés aujourd'hui?


Selon mon expérience, en tant qu'enseignant dans ce programme, je trouve que les étudiants arrivent quand même bien informés au collège. Peut-être sont-ils simplement déjà intéressés à l'environnement, alors ils ont porté plus d'attention à la question et aux nouvelles. Dans le reste du Canada? Mon impression est que la majorité des Canadiens croient qu'il s'agit d'une question déjà réglée. En fait, ça l'est déjà presque, non? La seule question qui reste cherche à savoir s'ils vont aller de l'avant ou non, économiquement parlant.