Société : Beaucoup de familles sont monoparentales dans le Nord

15 septembre 2011
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Une étude démontre qu’il y a un plus haut pourcentage de familles monoparentales dans le Nord du Canada, des familles menées à 80 % par des femmes

 

Une étude du Conference Board du Canada intitulée All in the Family indique que le pourcentage de familles monoparentales est plus élevé dans le Nord que dans le Sud. L’étude utilise des données du recensement de 2006 afin de comparer les différences de pourcentage de familles monoparentales d’une région à l’autre du Canada. Les cinq divisions du recensement ayant obtenu le plus bas pourcentage de familles monoparentales se trouvent dans le Sud du Manitoba, alors que les cinq divisions ayant obtenu le plus haut pourcentage se trouvent dans le Nord. L’endroit où il y a le plus de familles monoparentales est la division du Nord de la Saskatchewan, avec 37,5 %. La région d’Inuvik aux Territoires du Nord-Ouest n’est pas très loin derrière. Avec un pourcentage de 29,3 %, elle est au 5e rang des divisions ayant un pourcentage élevé de familles monoparentales.

 

L’étude indique que les familles monoparentales ont des besoins en matière de garderies et de services sociaux très différents que ceux des familles avec deux parents. Dans certains cas, ces besoins représentent un défi économique pour les parents de familles monoparentales, mais aussi pour les collectivités dans lesquelles ils vivent. « Les hauts pourcentages de familles monoparentales dans le Nord peuvent engendrer un besoin accru pour des services d’aide sociale fournis », a indiqué Gilles Rhéaume, vice-président aux politiques publiques pour le Conference Board du Canada à CNW. « De plus, les familles monoparentales ont souvent des revenus moins élevés rendant plus difficile pour le ménage d’avoir un niveau de vie aussi élevé que les familles avec deux parents. »

 

Dans le Nord, ces défis sont exacerbés par d’autres facteurs, tels que le nombre élevé de personnes par logement, la faible diplomation et dans certaines régions, un taux de chômage élevé. De plus, des données de Statistique Canada démontrent que 80 % des familles monoparentales au Canada sont des familles menées par des femmes. Plusieurs organismes offrent des services aux familles qui ont du mal à rejoindre les deux bouts. Le YWCA Yellowknife est l’une des organisations qui mettent en place des logements abordables pour les familles en difficulté. « Au YWCA, nous hébergeons des familles en échange d’un loyer abordable et la moitié sont des familles monoparentales. Les services qu’ils reçoivent durant leur séjour ici vont du logement, à l’aide alimentaire et aux dons de biens essentiels, comme des vêtements, des meubles et des accessoires de cuisine », indique Julie Green, directrice des relations communautaires au YWCA Yellowknife.

 

Le gouvernement des Territoires du Nord-Ouest offre aussi de l’aide au revenu aux familles. Cette aide est toutefois insuffisante pour bon nombre de familles dans le besoin, explique Mme Green. « Le soutien financier du gouvernement ne suffit pas. Pour plusieurs, une fois le loyer payé, ils ont entre 200 et 300 dollars pour le mois. Pour une famille monoparentale, ce n’est pas assez pour payer nourriture, déplacements et autres biens essentiels. » Elle ajoute que les familles dans cette situation font appel aux dons de nourriture et de biens afin de survivre.  

 

Témoignage

 

Anne-Marie Giroux connaît bien les enjeux reliés à la situation des familles monoparentales dans le Nord. Elle-même mère de trois enfants âgés de 10 à 14 ans qu’elle élève seule, elle se souvient des moments difficiles qu’elle a vécus lors de ses premières années en tant que mère célibataire. « Quand je suis arrivée à Yellowknife en 2000, j’avais deux enfants en bas âge et j’étais enceinte. C’était vraiment stressant au début. On a dû vivre dans un refuge », dit-elle. « J’étais sur l’aide sociale pendant un bout de temps et je devais vivre avec 450 $ par mois pour moi et trois jeunes enfants. Cela incluait les couches, la nourriture et le nécessaire de toilette. Pendant environ trois ans, deux semaines par mois en moyenne, je n’avais rien. On devait demander de l’aide aux dons de nourriture pour manger. »

 

Anne-Marie Giroux travaille maintenant en collaboration avec les organismes qui viennent en aide aux familles dans le besoin à Yellowknife comme le Center for Northern families et le YWCA, dans le but d’augmenter l’aide gouvernementale et les services offerts. « Ici, à Yellowknife, j’ai découvert un système de soutien dont je ne croyais pas avoir besoin. Je reste à Yellowknife, car je ne suis pas prête à laisser ce système, pas encore. Par système, je parle de la communauté qui est très généreuse. On a été accueillis et on nous a aidés. Les services sont modestes et il n’y en a pas beaucoup, mais ceux qui existent sont de qualité. Yellowknife, c’est mon chez-moi maintenant », ajoute Mme Giroux.

 

En terminant, Anne-Marie Giroux partage les aspects les plus difficiles quand on est dans le besoin. « J’ai appris trois grandes leçons qui sont extrêmement difficiles. Premièrement, il faut reconnaître qu’on a besoin d’aide. Personne ne peut t’aider avant que tu reconnaisses cela. Ensuite, il faut demander de l’aide. Ça aussi c’est difficile pour une personne. Mais le plus difficile de tous c’est vraiment d’accepter de l’aide. Quand on est rendu-là, on se sent vraiment petit. »