Je crois qu'un jour ou l'autre, je devrais cesser de regarder la
télévision, d'écouter la radio et de lire les journaux. La raison? La
simple bêtise humaine. La bêtise humaine dans tout ce qu'elle a de terre à
terre, de commun, de répandu, d'excédant. De quel droit puis-je me
permettre de parler de cette maudite bêtise humaine? Je crois que du fait
même d'être en vie nous donne le droit irréfutable de poser des jugements
sur des gestes politiques, sociaux, ou autres qui touchent nos vies, que
ce soit directement ou indirectement. Mais qu'est-ce qui a provoqué ma
colère ces derniers temps. Je ne vais pas vous faire un cours détaillé sur
cette épineuse question, mais il s'agit de la question du bois d'oeuvre!
Qu'est-ce que c'est que ça, me direz-vous? Ainsi que je l'ai déjà dit, je
ne vais pas vous faire un cours sur la question qui ne se contente pas
d'être épineuse, mais dont la complexité dépasse de loin mes compétences.
Pour simplifier à outrance et pour résumer, il s'agit de droits que nos
charmants voisins du sud, les États-Unis, ont décidé de faire payer aux
exportateurs canadiens de bois d'oeuvre (bois de construction et autres)
pour soi-disant compenser les subventions accordées par le gouvernement
fédéral pour les producteurs de ce bois d'oeuvre. Or, il y a cinq ans, une
enquête poussée avait d'ores et déjà prouvé qu'il n'en était rien. Les
États-Unis, qui étaient également nos voisins à l'époque, avaient imposé
des droits compensateurs. Le tout s'était retrouvé devant un tribunal, la
question avait été tranchée en faveur du Canada; cependant les droits
avaient été imposés pendant un laps de temps assez long, avant que la
question ne soit tranchée, pour que plusieurs petits producteurs de bois
d'oeuvre se retrouvent sur le carreau, en faillite. Car voyez-vous, nos
voisins du sud savent très bien qu'ils vont à nouveau perdre ce litige
auprès des tribunaux, car les choses n'ont pas à ce point changé, mais ils
ont le temps de faire assez d'argent, pendant que les choses se brassent,
que tout cela vaut la peine pour eux.
Dégueulasse, me dites-vous? Le mot est faible, à mon sens. Cela dépasse les
bornes de l'aberration. Comment est-il possible de faire cesser une
pratique qui accule plein de petits producteurs et entrepreneurs à la
faillite tout en sachant pertinemment qu'ils ont raison, que le procès est
perdu d'avance et que tout le processus est orchestré par les États-Unis,
pour l'avantage de ses producteurs, en détriment des producteurs
d'ailleurs. Eh bien, c'est ainsi, à ce qu'il semble. Il n'y a pas de
justice qui vaille. On peut en appeler de tout, au péril même de
l'équilibre d'un pays voisin, frontalier et allié. Pouvez-vous imaginer
jusqu'où peuvent aller les manigances quand ces pays contre qui on se bat
ne sont pas des pays frontaliers et surtout, ne sont pas des pays alliés?
On en a des exemples un peu partout dans le monde, où nombre de pays sont
acculés à une crise financière dont ils ne pourront jamais se sortir en
raison de tout ce qu'ils doivent aux pays riches, dont nous faisons partie.
Le traitement que nous réserve les États-Unis, nous nous empressons de le
faire subir à d'autres pays qui ne sont d'aucune menace pour nous. Et ainsi
va la chaîne d'exploitation des petits par les gros, de harcèlement des
pauvres par les riches, etc.
Dans le cas qui nous intéresse ici, nous faisons office d'exploités. En
effet, au fil de l'histoire, nos complaisants voisins du sud ne se sont
jamais gênés pour exploiter le Canada dans ses possessions les plus
précieuses. Quand vient le temps de venir chercher ce dont ils ont besoins,
les États-Unis viennent piger dans nos ressources à qui mieux mieux. Qu'on
se souvienne de certains exemples relevant de l'histoire, comme le fer de
Schefferville qui a été vendu aux États-Unis à moins d'un sou la tonne.
Cela a eu lieu il y a belle lurette, mais n'empêche que les conséquences
sont encore perceptibles de nos jours. Et maintenant, il faut bien
surveiller ce qui va se passer avec nos richesses du nord qui allèchent de
plus en plus cet effrayant voisin vampirisant. Attention à nos ressources
naturelles non renouvelables. Que va-t-il advenir de notre pétrole, de
notre gaz? Je vous certifie qu'il s'agit là d'un dossier à suivre de près,
car fidèle à passé d'exploiteurs, les États-unis vont tenter par tous les
moyens de mettre la patte sur des richesses incommensurables. Et à quel
prix? Cela reste à déterminer, mais le pauvre petit David ne pourra pas
toujours assommer Goliath avec une fronde, communément appelé ici
tire-roches. Oui, les enjeux sont énormes. Le voisin bave de convoitise et
surtout, se délecte de ses futurs gains. Je ne veux pas me faire prophète
de malheur, mais le passé a déjà prouvé que les négociations viennent à
bout du plus faible à l'usure. Je voudrais bien prétendre que nous sommes
les plus forts!
Oui, la bêtise humaine n'a pas de limites. Et elle fait de plus en plus de
victimes dans le monde. Et ces victimes ne se résument pas à des personnes,
mais à des régions, des territoires, des pays entiers. Je ne suis pas
certaine si ça nous tente, ici dans le nord, de fournir le pétrole pour
faire rouler les voitures de luxe des acteurs d'Hollywood. Peut-être
désirons-nous réserver ce pétrole à des fins plus utiles? Les enjeux sont
présentement sur la table. souhaitons que les élus soient à la hauteur de
nos attentes!!!
Geneviève Harvey