Education de la minorité : Attention, chantier identitaire

27 février 2014
0 Commentaire(s)
Premiers pas sur les planches. C'est parfois le trac, le fou rire, les trous de mémoire ou la découverte d'un talent. De gauche à droite, Sylvain Hayotte Rourke, Clara Bilodeau, Léa Schwartz et Jacob Bilodeau.

Premiers pas sur les planches. C'est parfois le trac, le fou rire, les trous de mémoire ou la découverte d'un talent. De gauche à droite, Sylvain Hayotte Rourke, Clara Bilodeau, Léa Schwartz et Jacob Bilodeau.

Accroître dans la tête des élèves le potentiel de la francophonie.
 

Du 17 au 22 février, l'Association des parents ayants droit de Yellowknife (APADY) présentait à Allain Saint-Cyr une série d'ateliers explorant la notion de construction identitaire et la raison d'être des langues officielles. Un retour.
Dans le contexte qui nous préoccupe, la notion de construction identitaire fait référence au renforcement des racines — et des bourgeons, peut-on présumer — francophones des élèves, dans un milieu où prédomine l'utilisation de la langue anglaise. La construction, le processus, peut s'enrichir de différents pans du quotidien, les études bien sûr, mais aussi la vie affective, les loisirs, etc. Dans les ateliers organisés par les consultantes Mariette Kirouac et Natalie Labossière, les élèves d'Allain Saint-Cyr ont eu l'occasion de se bâtir par diverses activités. Ils ont composé une chanson avec la prémisse Vous êtes le rêve de vos parents, en s'imaginant ce que ces derniers désirent pour eux. Ils ont aussi abordé la notion de forme francophone et du français de cœur, c'est-à-dire d'un français lié aux émotions, débordant du strict cadre scolaire. Ils ont aussi, en très peu de temps, monté des lip dub, c'est-à-dire des vidéos dont les participants font à tour de rôle semblant de chanter. Carmen Campagne, Dan Bigras et Lisa Leblanc ont été mis à contribution. Enfin, d'autres formes d'expression ont été utilisées, comme l'improvisation, des saynètes de théâtre, des dictons, etc « Nous avons montré aux élèves, de dire Natalie Labossière, qu'ils sont les architectes de leur identité et qu'il y a des choix qu'ils peuvent prendre pour se définir. » Ces choix d'activités en français, on le voit bien, dépassent largement le cadre des études.

Pour les parents
Mais il n'y en a pas eu que pour les enfants. Les parents d'adolescents jeudi et ceux d'enfants de la maternelle samedi ont été conviés sur le chemin Taylor à la fois pour examiner le cheminement de leurs enfants et évaluer le temps familial vécu en français. La rencontre du samedi a permis aux parents de raconter leurs expériences personnelles en regard de la survivance de l'expression française; un moment émouvant drôle et captivant, en raison de la multiplicité des parcours des participants — les couples mixtes par exemple — et des talents de conteur de certains. Il y avait cette femme qui racontait que comme ses enfants ont un nom de famille anglophone, elle leur a donné des prénoms avec un accent pour donner des assises à leur part francophone. Jean a quant à lui raconté le cheminement de ses aînés dans les langues. Ils pleuraient à leurs premières semaines dans une école anglophone, mais ensuite, après un an, ils ne voulaient plus parler qu'en anglais. L'équilibre s'est par la suite refait. L'idée principale qui est ressortie de ces conversations, c'est qu'il faut des efforts constants pour garder vivante une langue dans un contexte où elle est minoritaire.
Natalie Labossière est l'auteure d'une série de guides en construction identitaire intitulés Voir grand, destinés aux parents, aux enfants et aux éducateurs. Elle s'est dite très contente de la réponse des élèves à l'occasion des activités. « Malgré le fait que c'était une semaine très occupée au niveau parascolaire, commente-t-elle, les élèves ont vraiment embarqué. Certains ont dit qu'ils aimeraient faire plus souvent ce type d'activité. Quand j'ai demandé pourquoi, un adolescent a répondu : « Je me sens moins seul maintenant que je sais que d'autres francophones font ça. Un autre a expliqué que faire de l'improvisation lui donnait confiance en lui. » Pendant cette semaine, Natalie Labossière a mis les élèves d'Allain Saint-Cyr dans un contexte de créativité, dans l'objectif d'accroître dans leur tête le potentiel et l'espace de la francophonie. Mission accomplie.