À ma fille

Ton arrière grand-mère fut la première institutrice de notre famille. Intelligente, labellisée «folle» car atteinte d’une maladie mentale, divorcée à une époque où c’était encore mal vu, partie trop tôt. Une femme libre.

Ta grand-mère avait de nombreux rêves qu’elle a laissé faner, persuadée que son sacrifice permettrait à ses enfants d’être heureux. Ta mère a grandi en croyant aux grands discours de l’école républicaine française. Oui, elle pourrait être indépendante, devenir journaliste, parcourir le monde.


Si tu existes un jour, ma fille, tu grandiras sûrement dans un environnement aux multiples possibles, fruit des combats des femmes de ta famille et de leurs sociétés successives. Tu pourras, je l’espère, t’autoriser rêver à n’importe quelle carrière, voyager sans peur, échapper aux discours moralisateurs sur ton âge et ta situation conjugale. Tout au long de ta vie, tes meilleures alliées seront d’autres femmes. Et cela, tu ne le comprendras qu’une fois adulte. Les hommes, eux, seront à chaque fois une leçon ou une épaule.


Sache que ton libre arbitre est une boussole inestimable. Ma fille, ne sous-estime jamais tes rêves et tes aspirations. Crois en tes principes. N’aie pas peur d’échouer. Partage, écoute et apprends sans relâche. Ne te définis pas par ton genre, ton travail, ton conjoint, tes biens matériels... mais cueille des rencontres, des regards et chaque moment de plénitude à ta portée. Prends littéralement ton destin en main. Construis des ponts. Je t’en conjure, sois de celles et ceux qui construisent des ponts. Envers et contre tous(tes).


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